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    Dans les quartiers de Sukisa et Bigo en ville de Bunia, une génération de troisième âge regarde le présent avec une certaine inquiétude et se souvient, non sans mélancolie, d’une époque où la « sécurité » et la « simplicité » rythmaient le quotidien. Trois voix se lèvent pour raconter ce passé contrasté et exprimer leurs craintes face aux mutations de la société.

    Assis devant sa maison du quartier Sukisa, Basegere David, la soixantaine, esquisse un sourire triste en évoquant ses jeunes années.

    « Avant, nous étions bien à l’époque de Mobutu. On pouvait rester à la maison sans peur, y dormir même avec de l’argent, on n’avait pas peur. On marchait pendant la nuit sans problème, on allait à Kisangani librement », se remémore-t-il. Il déplore les problèmes actuels, évoquant la situation actuelle qui « a créé beaucoup de blocages routiers » et insécurise la région.

    Leurs préoccupations étaient simples, collectives et forgeaient le lien social. « Dans notre époque, on jouait au ballon. Des films étaient projetés, des films religieux aussi », poursuit Basegere. Aujourd’hui, il constate amèrement un changement profond :

    « Maintenant, c’est à la mode de la technologie qui abîme les enfants avec les réseaux sociaux. Avant, on suivait des films édifiants pour les enfants. Maintenant, les affaires de Dieu sont devenues autre chose », a-t-il conclu.

    Un peu plus loin, dans le quartier Bigo 3, Florence Kamalembo partage ses souvenirs. Née en 1964, cette commerçante qui vend des perles traditionnelles garde un souvenir ébloui du jour de son mariage.

    « Mon meilleur souvenir est le jour de mon mariage. C’était un mariage culturel, d’une grande simplicité », explique-t-elle, établissant un contraste frappant avec les fastes et les dépenses souvent exagérés des unions modernes. « La simplicité de mariage d’avant n’a rien à voir avec celle de maintenant », assure-t-elle, mère de quatre enfants et déjà grand-mère de six petits-enfants.

    Son univers ludique était aussi bien loin des écrans. Elle évoque avec tendresse les jeux traditionnels de son enfance : « On jouait à lukamba, kabumbu et autres. » Des jeux qui nécessitaient peu de moyens mais beaucoup d’imagination et de camaraderie.

    En allant plus loin, au quartier Camp-Nyassi Un avis partagé par Unya Pituwa, né en 1962, qui confirme que les choix de loisirs affectent le physique : « Avant, nous on jouait au ballon à notre époque. » Une activité saine et fédératrice qui semble leur manquer.

    La simplicité des rites et des jeux d’antan

    À travers ces témoignages croisés, c’est tout un pan de la mémoire collective de Bunia. Une époque où la rue était un terrain de jeu sécurisé, où les loisirs étaient synonymes de partage et où les cérémonies importantes privilégiaient le sens sur l’apparat. Si le progrès technologique est indéniable, ces aînés pointent du doigt ses effets pervers sur la jeunesse et le tissu social, lançant un appel implicite à ne pas oublier la valeur de la simplicité, la sécurité et l’union.

    Grâce Kasemire

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