Dans l’histoire tourmentée de l’Ituri, certaines vies portent en elles les blessures du conflit, mais aussi une force silencieuse qui force le respect. Neema est de celles-là.
C’était pendant la période de l’APC. Un jour ordinaire, comme tant d’autres, Neema était partie chercher du bois de chauffe. Un geste simple, dicté par les besoins du quotidien. Mais en brousse, la peur rôdait. Des éléments armés étaient présents. Ce jour-là, sa vie a basculé.
Un élément surgi et menace de casser ses pieds si elle tente de s’en fuir. Immobilisée, elle a soumis à un dilemme : être violée ou être tuée.
Face à la menace, Neema n’avait pas de choix réel. À l’absence du choix, le bourreau a décidé de la violer. Triste histoire.
Neema (nous avons décidé de taire l’identité complète) est rentrée chez elle brisée, portant un poids qu’aucune femme ne devrait jamais porter. Elle a parlé. À ses parents. Aux autorités. Le mal était fait, mais le silence n’a pas été son refuge.
Plus tard, elle découvre qu’elle est enceinte. Une nouvelle douleur, un dilemme immense. Malgré tout, Neema décide de garder cette grossesse. Elle traverse cette période dans de grandes souffrances, physiques et morales, sous le regard parfois lourd de la société, dans une province où les stigmates de la guerre marquent profondément les femmes.
De cette épreuve naît un garçon. Il est vivant aujourd’hui. Il a grandi. Il a étudié. Mais la vie n’a jamais été simple. Les responsabilités, la précarité, le manque de moyens ont souvent ralenti le parcours. À certains moments, l’enfant est resté à la maison, privé d’école, faute de ressources. Chaque jour était un combat de plus.
Neema a frappé à plusieurs portes. Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Sans réponse. Ce n’est qu’à la cinquième tentative qu’une opportunité s’est enfin présentée, grâce à l’appui d’un chef local et à l’intervention de COOPI, dans le cadre des programmes d’assistance aux victimes.
Alors commence un autre chapitre. Neema reçoit des soins. Son fils aussi. Il retourne à l’école et parvient à terminer ses études secondaires. Neema est intégrée dans une mutuelle de solidarité. Là, elle apprend à se reconstruire autrement, à reprendre confiance, à se réinventer.
Avec de petites aides, elle achète une chèvre. Puis une autre. Pas à pas, sans bruit. Un jour, elle réalise ce qui lui semblait impossible autrefois : elle devient propriétaire. Elle quitte une maison en paille pour une maison en tôle. Un symbole fort. Celui d’une stabilité retrouvée. D’une dignité reconquise.
Son témoignage a été présenté récemment à Bunia, lors de la cérémonie officielle de restitution des travaux de l’atelier de capacitation des projets d’assistance du Fonds pour les victimes, en présence de plusieurs autorités, dont le lieutenant-général Luboya N’kasama, gouverneur de l’Ituri sous état de siège.
Ce programme, prévu sur cinq ans, vise à accompagner de nombreuses victimes des violences qui ont endeuillé la province. Mais au-delà des chiffres et des discours, l’histoire de Neema rappelle une vérité essentielle : derrière chaque victime, il y a une vie, une mère, une femme debout.
Neema ne se définit pas uniquement par ce qu’elle a subi. Elle incarne aussi ce que la résilience peut produire quand l’accompagnement existe. Plusieurs autres femmes ou hommes ont subi des violences armées ou sexuelles dans cette province. L’histoire de certains n’ont jamais été mis en lumière.
Verite Johnson

