L’appel à la vigilance lancé par la société civile d’Épulu concernant la barrière de la RN4 soulève « l’extrême précarité sécuritaire » qui sévit dans le territoire de Mambasa, en province de l’Ituri. Cette zone est devenue un point « névralgique » où l’insécurité, alimentée par la proximité avec le Nord-Kivu et la présence de groupes armés, menace à la fois les civils et l’économie régionale.
Un calme relatif, une menace constante
Contrairement aux territoires voisins de Djugu et Irumu, souvent cités pour les violences intercommunautaires, Mambasa a parfois connu un « calme relatif ». Cependant, les rapports des ONG et structures citoyennes successifs confirment que la présence de groupes armés y est bien réelle et perceptible.
Le territoire de Mambasa est principalement confronté à la menace des Forces Démocratiques Alliées (ADF), dont les attaques s’intensifient régulièrement sur l’axe routier stratégique Komanda-Mambasa et au-delà, paralysant par moments la circulation sur la RN4.
Les ADF sont accusées de meurtres, d’enlèvements de civils, et de destruction des moyens de subsistance. En septembre 2024, au moins 32 personnes ont été tuées dans des violences armées ciblant les civils dans ce territoire, selon OCHA. Au cours de l’année 2025, d’autres civils sont tués par des groupes armés ou bandits non autrement identifiés.
D’autres milices, notamment des factions Maï-Maï, sont également actives, parfois en conflit ouvert entre elles, vidant des villages entiers.
L’axe RN4 : une porte d’entrée et d’exfiltration ?
La Route Nationale 4 (RN4), qui relie Mambasa à Kisangani, est vitale pour le commerce mais constitue une artère à haut risque. L’alerte lancée par Alingi Bin Saidi, président de la société civile d’Épulu, cible spécifiquement le flux venant du Nord-Kivu.
Cette vigilance accrue à Épulu (à 75 km de Mambasa) est motivée par la crainte d’une « infiltration des rebelles » du Nord-Kivu vers l’Ituri. Il s’agit ici principalement des ADF. La limite entre les deux provinces, et la porosité des zones forestières, permet des mouvements fréquents des éléments armés, notamment des ADF, qui opèrent dans les deux régions.
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L’insistance d’Alingi sur le « contrôle systématique » et la dénonciation de la « négligence » des agents de sécurité pourrait se justifier. La société civile note » l’incapacité de l’État à sécuriser cet axe routier majeur », chose qui aggrave le risque d’expansion des violences.
Par ailleurs, l’exploitation illégale des ressources naturelles est souvent citée comme un moteur clé des violences, permettant aux groupes armés de se financer. Certains groupes armés, parfois « déguisés en patriotes » selon des activistes locaux, profitent de cette rente aurifère pour entretenir le climat de terreur. C’est quasiment pareille pour la culture de cacao.
En février 2025, plus de 200 000 personnes étaient signalées en besoin d’assistance multisectorielle dans le seul territoire de Mambasa (OCHA). L’insécurité limite l’accès aux champs, aux marchés et aux structures de santé, aggravant la situation humanitaire.
La pression de la société civile à Épulu est un cri d’alarme contre la banalisation de l’insécurité sur la RN4. Elle rappelle l’urgence pour les autorités militaires, en dépit de l’état de siège en vigueur dans la province, de renforcer les dispositifs de sécurité pour entraver la libre circulation des groupes armés et protéger les populations civiles.
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