Elle aurait dû être festive. Elle a été presque silencieuse.

Ce 1er septembre, dans la sous-division éducationnelle de Mambasa 2, la rentrée scolaire 2026-2027 a offert une image saisissante de la crise que traverse cette partie de l’Ituri : sur les 151 écoles que compte la sous-division, seules 19 ont ouvert leurs portes.

Cela représente à peine 12,6 % des établissements.

Derrière les portes restées fermées, il n’y a pourtant ni grève générale ni refus collectif d’étudier. Il y a surtout la peur.

Une peur qui, à Mambasa, porte aujourd’hui deux noms : ADF et Ebola.

Quand les balles ferment les salles de classe

La première menace est sécuritaire.

Depuis plusieurs mois, les attaques attribuées aux ADF provoquent morts, déplacements et abandon de plusieurs villages de la chefferie des Babila-Babombi.

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Le constat dressé par le chef de la sous-division Mambasa 2, Michel Nesapongo Ipunio, est révélateur : sur les sept centres éducationnels que compte sa juridiction, un seul a réellement repris les activités à la rentrée.

Dans plusieurs localités, les parents et leurs enfants sont encore dans leurs milieux de refuge.

Comment demander à un enfant de reprendre son cartable lorsque sa famille ne sait pas encore si elle pourra rentrer au village le lendemain ?

Comment parler de calendrier scolaire à des parents dont la première préoccupation reste de savoir où passer la nuit en sécurité ?

À Mambasa 2, l’insécurité n’est donc plus seulement une question militaire. Elle est devenue une crise éducative.

Et les conséquences étaient déjà visibles avant cette rentrée.

Lors de l’ENAFEP 2026, au moins 422 candidats de Mambasa 2 n’avaient pas pu participer aux épreuves, principalement en raison des déplacements provoqués par l’insécurité.

Plus de quatre cents enfants privés d’un examen national.

Ce chiffre devrait suffire à rappeler qu’une attaque armée ne tue pas seulement ceux qui tombent sous les balles. Elle peut aussi interrompre silencieusement la trajectoire scolaire de centaines d’enfants.

Après les ADF, Ebola

Comme si cette insécurité ne suffisait pas, une deuxième menace s’est installée : la maladie à virus Ebola.

La rentrée scolaire intervient alors que plusieurs zones de santé de l’Ituri sont touchées par l’épidémie et que Mambasa fait partie des territoires où la riposte doit composer avec des déplacements de population, des difficultés d’accès et parfois des résistances communautaires.

Dans les écoles qui ont effectivement repris, les dispositifs de lavage des mains deviennent donc aussi importants que les tableaux noirs.

À Makeke, par exemple, des élèves et des enseignants ont repris les cours avec des dispositifs de lavage des mains installés à l’entrée des établissements.

Ailleurs, la situation est beaucoup plus difficile.

Dans une école pratiquement vide, installer un thermo-flash ou un dispositif de lavage des mains ne suffit pas à faire revenir les enfants.

Car la première barrière à franchir n’est parfois pas sanitaire.

C’est la peur.

Le piège du cercle vicieux

C’est ici que les deux crises finissent par se rejoindre.

Les violences provoquent des déplacements.

Les déplacements éloignent les enfants de leurs écoles.

Les familles qui abandonnent leurs villages perdent parfois leurs champs, leurs activités économiques et leurs moyens de subsistance.

Lorsque les revenus disparaissent, acheter cahiers, uniformes et fournitures scolaires devient secondaire face aux besoins immédiats : manger, trouver un abri et rester en vie.

Et lorsque des populations se déplacent massivement, la réponse sanitaire elle-même devient plus complexe.

Voilà le véritable piège de Mambasa 2 : la crise sécuritaire fragilise l’école, tandis que l’épidémie complique davantage une communauté éducative déjà affaiblie.

L’école comme dernière ligne de résistance

Pourtant, fermer durablement l’école comporte aussi un risque.

Parce qu’en période d’épidémie, une école correctement préparée peut devenir un espace de prévention.

L’enfant qui apprend à se laver correctement les mains peut reproduire le geste à la maison.

Celui qui comprend qu’un malade doit être rapidement signalé peut transmettre le message à ses parents.

L’enseignant correctement formé peut combattre une rumeur avant qu’elle ne traverse tout un village.

Dans une région confrontée simultanément aux violences et à Ebola, l’école peut donc être plus qu’un lieu où l’on apprend à lire et à compter.

Elle peut devenir un espace de protection, de prévention et de reconstruction sociale.

Mais encore faut-il qu’elle puisse ouvrir.

19 écoles ouvertes : peu, mais pas rien

C’est peut-être là que se trouve le symbole de cette rentrée.

Sur 151 écoles, 132 n’ont pas ouvert leurs portes.

Le chiffre est énorme.

Mais 19 ont ouvert.

Dans les circonstances actuelles, ces 19 établissements représentent autre chose qu’une simple statistique administrative.

Ils montrent qu’au milieu de la peur, certains enseignants sont revenus.

Que certains parents ont envoyé leurs enfants.

Que certains élèves ont remis leur uniforme.

Cela ne signifie pas que la situation est normale.

Elle ne l’est absolument pas.

Cela signifie simplement qu’une partie de la communauté refuse que la guerre et l’épidémie décident seules de l’avenir de ses enfants.

Le défi des autorités sera désormais de permettre aux autres écoles de reprendre progressivement, mais seulement lorsque les conditions de sécurité le permettront et avec des mesures sanitaires réellement opérationnelles.

Car demander aux parents d’envoyer leurs enfants à l’école ne suffit pas.

Il faut leur garantir qu’ils pourront y arriver vivants, y apprendre sans être inutilement exposés et rentrer chez eux en sécurité.

À Mambasa 2, la rentrée scolaire 2026-2027 vient ainsi rappeler une évidence que les statistiques administratives disent rarement : un enfant qui fuit les balles ne peut pas apprendre normalement, et un enfant exposé à une épidémie ne peut pas étudier sereinement.

Entre les balles des ADF et la fièvre Ebola, les enfants de Mambasa 2 ne devraient pourtant pas avoir à choisir.

Leur place reste à l’école.

Mais pour qu’ils puissent réellement y retourner, la sécurité et la santé doivent d’abord cesser d’être des promesses et devenir des conditions concrètes de l’éducation.

Nickson Manzekele

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