Profitant de son dernier discours devant les Ituriens lors du lancement des travaux du nouveau Gouvernorat à Bunia, le lieutenant général Johnny Luboya N’kashama a lancé un message sans détour à tous ceux qui rêvent de déstabiliser la province. Après 5 ans à la tête de l’état de siège, le gouverneur sortant quitte ses fonctions mais pas sa vigilance.
« Celui qui pense qu’il viendra attaquer l’Ituri, qu’il ne sorte pas vivant », a-t-il martelé devant les commandants et militaires qui ont servi sous son commandement depuis 2021. Une formule tranchante, qui sonne comme un ordre de consigne pour l’après-Luboya. Le message est clair : la pression militaire sur les groupes armés doit se poursuivre sans relâche.
Le général Luboya ne part pas en étranger. Il se dit désormais « amoureux de l’Ituri ». Cet attachement explique sa promesse : « si la province retombe un jour sous sa responsabilité, il y reviendra « à chaque fois » pour s’assurer que la paix s’installe définitivement. Après 5 ans de gestion sécuritaire, l’Ituri est devenu son combat personnel.
Nommé à la tête de l’Ituri depuis l’instauration de l’état de siège en mai 2021, Luboya laisse son fauteuil le 5 juin 2026 après la nomination d’un nouveau gouverneur. Son passage a été marqué par des opérations militaires contre la CODECO, les ADF et autres groupes armés, mais aussi par des critiques sur les droits humains et la gouvernance civile.
L’Ituri, terre congolaise, point final
Dans son discours, le patron sortant de l’état de siège a tenu à rassurer : « La population doit savoir que l’Ituri reste et restera congolais ». Une phrase qui répond aux rumeurs et aux manipulations qui circulent sur les réseaux sociaux depuis le début des conflits dans l’Est. Pour Luboya, aucune ambiguïté n’est permise sur la souveraineté.
Le lieutenant général a été encore plus direct sur ce point : « Aucun sabotage du genre Goma et Bukavu ne sera pas dans cette province ». En référence aux offensives qui ont frappé le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, il promet que l’Ituri ne connaîtra pas le même sort. L’armée, dit-il, a reçu l’ordre de verrouiller.
Le lancement des travaux du nouveau Gouvernorat au moment de ce discours n’est pas un hasard. Pour Luboya, c’est le signal que l’Ituri doit se reconstruire malgré la guerre. Des murs solides pour une administration qui doit tenir, même sous la menace. La pierre posée est aussi un acte de résistance. En s’adressant directement aux commandants, il transforme son départ en passation de doctrine. L’ordre de « ne pas laisser sortir vivant » tout assaillant devient l’héritage sécuritaire qu’il lègue à ses successeurs. Une doctrine dure, mais assumée après des années d’attaques contre les civils.
Face à ce discours martial, la population de Bunia oscille entre soulagement et inquiétude. Soulagement de voir un chef militaire défendre la province jusqu’au bout. Inquiétude sur l’après-état de siège : qui gardera cette ligne rouge quand Luboya ne sera plus aux commandes ?
Le lieutenant général quitte officiellement ses fonctions le 5 juin 2026. Mais avec cette promesse de retour, il reste un acteur de la sécurité iturienne. Son dernier discours pose les bases d’un contrat tacite : tant qu’il vivra, l’Ituri aura en lui un défenseur.
Nickson Manzekele

