L’élection de Fidel Dramani au comité de gestion de la Ligue Nationale de Football (LINAFOOT) suscite à la fois espoir, prudence et scepticisme en Ituri. Quelques jours après son accession à cette instance stratégique du football congolais, les réactions se multiplient autour d’une question centrale : qu’est-ce que cette présence apportera concrètement au football iturien ?
Pour une partie des sportifs et dirigeants locaux, cette élection représente une opportunité historique. Pour la première fois, un fils de l’Ituri siège au sein de l’organe dirigeant du championnat national congolais. Dans une province souvent marginalisée sur le plan sportif, beaucoup y voient la possibilité d’un rééquilibrage institutionnel.
Les attentes sont nombreuses. Certains espèrent une meilleure considération des clubs ituriens dans les compétitions nationales, particulièrement en Ligue 2, où plusieurs équipes dénoncent depuis des années des décisions arbitrales controversées, des problèmes d’organisation et un traitement jugé défavorable.
D’autres rêvent déjà d’une intégration durable d’un club de l’Ituri en Linafoot Division 1, mais aussi de l’installation effective d’une ligue provinciale senior forte et structurée, capable d’accompagner le développement du football local.
A lire aussi : LIFPO : Fidèle Dramani élu dans le nouveau comité de Guy Lusangi
Dans cet élan d’optimisme, Fidel Dramani apparaît pour certains comme un relais institutionnel susceptible de porter la voix de l’Ituri dans les grandes décisions du football congolais.
Mais cet enthousiasme est loin de faire l’unanimité.
Plusieurs analystes sportifs appellent déjà à éviter les illusions et les attentes excessives. Leur argument principal est que Fidel Dramani n’est pas un nouveau venu dans les structures du football régional. Il a déjà occupé plusieurs fonctions importantes sans que cela ne transforme profondément la situation du football iturien.
Vice-président de l’Entente Rurale de Football de l’Ituri (ERUFITURI), délégué de la LINAFOOT à Bunia et membre de la Ligue de football de la Grande Orientale, il faisait déjà partie des cercles décisionnels du football régional depuis plusieurs années.
Or, malgré cette présence institutionnelle, les clubs ituriens continuent de dénoncer les mêmes difficultés comme manque de financements, faibles infrastructures, absence d’accompagnement technique, arbitrages contestés et marginalisation dans certaines compétitions interprovinciales.
Les critiques rappellent notamment les frustrations enregistrées lors des précédentes éditions de la Ligue 2 disputées à Kisangani, où certaines équipes de l’Ituri s’étaient estimées victimes d’injustices organisationnelles sans qu’une réponse forte ne soit apportée.
Le véritable défi de Fidel Dramani commence donc maintenant.
Son élection à la LINAFOOT lui offre davantage de visibilité et potentiellement plus d’influence. Mais elle l’expose aussi à une pression accrue. Désormais, il ne sera plus jugé sur les symboles ou sur l’orgueil régional que peut susciter sa nomination, mais sur des résultats concrets.
La question centrale n’est pas seulement d’avoir un représentant de l’Ituri dans une institution nationale. Le véritable enjeu est de savoir si cette présence pourra produire des réformes tangibles pour les clubs, les joueurs, les arbitres et les infrastructures sportives de la province.
Car le football iturien souffre de problèmes structurels qui dépassent largement la représentation institutionnelle, faible professionnalisation des clubs, absence d’investissements durables, précarité des compétitions locales, manque de centres de formation et dépendance excessive aux initiatives individuelles.
Sans une stratégie globale, la présence d’un dirigeant iturien à la LINAFOOT risque de rester symbolique.
Pour beaucoup d’observateurs, Fidel Dramani joue ainsi une partie décisive durant les quatre années de son mandat. Soit il parvient à transformer cette nomination en levier d’influence réelle pour le football iturien, soit cette élection rejoindra la longue liste des représentations institutionnelles sans impact durable sur le terrain.
Une chose est certaine, en Ituri, les attentes sont désormais élevées, mais la patience risque d’être limitée.
Rédaction

