C’est une déclaration qui suscite de vives inquiétudes quant à la liberté de la presse en Ituri. Le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole de l’armée et conseiller en communication du gouverneur militaire de la province, a tenu des propos jugés menaçants à l’encontre des journalistes, dans une province sous état de siège depuis plus de quatre ans.
Lors de l’émission Tobongisa, diffusée quotidiennement sur la Radio Télévision FARDC Ituri (RTFI), qu’il anime lui-même, ce responsable militaire a lancé un appel aux journalistes à ne plus accorder la parole à ceux qui s’opposent à la récente décision du maire de Bunia concernant l’obligation pour les motards de porter des casques et des gilets.
Selon lui, cette mesure, prise pour des raisons de sécurité routière, ne devrait souffrir d’aucune contestation. Au cours de l’épisode du mercredi 1er octobre 2025 de cette émission de « sensibilisation au patriotisme », Jules Ngongo a adopté un ton particulièrement dur envers les critiques de la mesure municipale, allant jusqu’à menacer d’arrestation tout journaliste qui leur donnerait la parole.
« Nous devons aussi appuyer l’État. Quelqu’un qui vient contredire une décision judiciaire, ou bien une décision politique conformément à la loi, vous voulez bafouer l’autorité de l’État, mes confrères journalistes, ne donnez pas parole à ces genres de personnes, à ces genres d’individus », a-t-il déclaré.
À lui de poursuivre avec une menace explicite :
« Et si vous donnez paroles à de tels monsieurs, bakokanga yo », (traduction : on va t’arrêter). L’infraction évoquée : « incitation à la rébellion et au soulèvement ».
Contexte
Depuis le 25 septembre dernier, le commissaire supérieur principal Mbui Kola, maire de la ville de Bunia, a instauré de nouvelles exigences pour les motards :
- Une plaque d’immatriculation ;
- Un casque de protection ;
- Un gilet numéroté ;
- Une carte d’identification complète.
L’objectif affiché est de réduire les accidents de circulation sur les routes récemment asphaltées.
Si la mesure est respectée par une partie des motards, elle suscite aussi de vives oppositions. Sur certains artères de Bunia, des opérations de bouclage sont déjà menées par la police pour contraindre les conducteurs au respect strict de la décision municipale.
Selon plusieurs motards exerçant dans la ville, les principales raisons de leur contestation face à cette mesure sont les suivantes :
- L’absence de concertation préalable entre la mairie et leurs associations représentatives ;
- L’insécurité persistante dans la province, qui affecte négativement leurs revenus.
Par ailleurs, ceux dont les motos sont saisies par les forces de l’ordre sont contraints, selon leurs témoignages, d’acheter immédiatement les équipements exigés et de payer une amende allant de 20 à 30 dollars américains.
Le discours médiatique du porte-parole de l’armée s’oppose ainsi aux dispositions de la Constitution de la République qui, en ses articles 23 et 24, garantit la liberté d’expression et la liberté de la presse. Lors de la lecture du décret instituant l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu, aucun article n’a, par ailleurs, interdit l’exercice de cette liberté, rappellent plusieurs professionnels des médias en Ituri.
En réaction, des journalistes dénoncent une dérive « dictatoriale et autoritaire ».
« Je ne suis pas d’accord avec les propos du lieutenant Jules. Il a étudié la communication, il ne devrait pas museler la presse jusqu’à ce niveau. Nous devons être neutre, église au milieu du village. On n’a pas à donner la parole seulement à une seule personne. Nous l’appelons à retirer ses propos. Ils n’ont aucun pouvoir de nous donner des injonctions », a confié l’un d’entre eux à notre rédaction.
Cette nouvelle prise de parole d’un haut responsable de la province relance le débat sur la pratique de la profession de Journalisme dans une zone comme l’Ituri, partie consumée par des insécurités armées, une situation qui perturbe la pratique du métier pour les professionnels de la plume.
Rédaction

