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    Dans une province marquée par les conflits armés, les déplacements de populations, les crises humanitaires et aujourd’hui l’épidémie de la maladie à virus Ebola, informer n’est pas un exercice ordinaire. En Ituri, chaque reportage réalisé sur le terrain peut exposer un journaliste à des menaces, des intimidations, voire à des dangers physiques.

    Pourtant, chaque jour, des professionnels des médias continuent de tendre leurs micros vers les communautés, de vérifier les faits et de raconter les réalités vécues par les populations souvent éloignées des centres de décision.

    Derrière les différents journaux, les directs radio ou les publications relayées sur les réseaux sociaux, se cachent des hommes et des femmes qui travaillent dans des conditions parfois extrêmement difficiles.

    Entre insécurité et crise sanitaire

    Depuis la résurgence de l’épidémie d’Ebola en Ituri, les journalistes se retrouvent en première ligne aux côtés des équipes de riposte.

    Journaliste à la radio Canal Universel, Rachid Kudra raconte que la couverture médiatique de cette crise sanitaire l’a déjà exposé à des situations dangereuses.

    « À Rwampara, j’ai été la cible de jets de projectiles par des habitants qui pensaient que je faisais partie de l’équipe de riposte », explique-t-il.

    Selon lui, certains membres de la population doutent encore de l’existence de la maladie, ce qui crée parfois un climat de méfiance à l’égard des professionnels qui accompagnent les équipes sanitaires.

    À ces risques s’ajoute également la crainte d’une contamination.

    « Nous approchons souvent nos micros de différentes personnes sans connaître leur état de santé », souligne-t-il.

    Mais la crise sanitaire ne représente qu’une partie des défis auxquels les journalistes font face.

    Pressions, intimidations et tentatives d’influence

    Dans l’exercice de leur métier, plusieurs journalistes évoquent des pressions récurrentes venant de différents acteurs.

    Pour Zacharie Asimoni de la Radio Mont Bleu, le risque ne se limite pas au terrain. « Il arrive qu’on soit soumis à des pressions pour diffuser une information selon la volonté d’une seule personne, au détriment de l’intérêt de la communauté », explique-t-il.

    Il affirme avoir été à plusieurs reprises victime de menaces et de pressions liées à son travail.

    Le constat est partagé par Franck Asante, correspondant de Top Congo FM en Ituri. Selon lui, les journalistes sont exposés à des risques provenant de plusieurs fronts : autorités sécuritaires, leaders communautaires ou encore groupes armés.

    « Oui, plusieurs fois », répond-il lorsqu’on lui demande s’il a déjà subi des menaces ou des intimidations.

    Même réalité pour Jean Marcus Loika, journaliste freelance basé en Ituri et collaborant notamment avec Deutsche Welle (DW).

    Il affirme avoir déjà fait face à des pressions provenant de certains groupes armés ainsi que des autorités provinciales.

    Dans certaines circonstances, les journalistes se retrouvent ainsi coincés entre plusieurs intérêts parfois contradictoires, alors que leur rôle consiste avant tout à informer le public.

    Le défi permanent de la vérification

    À l’heure où les réseaux sociaux accélèrent la circulation des informations, les journalistes doivent également lutter contre les rumeurs et la désinformation.

    Pour Rachid Kudra, la méthode reste la même : recouper systématiquement les informations auprès des autorités sanitaires, des organisations de la société civile et des leaders d’opinion.

    De son côté, Zacharie Asimoni explique qu’il cherche toujours à atteindre une source directement concernée par les faits. Joël Heri Budjo, journaliste chez Visibilité Média Pro, voit la nécessité de la confrontation des sources, de se rendre sur le lieu (si proche) et d’éviter le scoop.

    Franck Asante insiste lui aussi sur la nécessité du professionnalisme. Privilégiant les sources officielles et crédibles avant toute publication, Loika adopte la même démarche.

    Dans un contexte où une simple rumeur peut provoquer la panique ou attiser les tensions communautaires, cette étape de vérification constitue l’un des piliers du travail journalistique.

    Une liberté de la presse encore fragile

    Au-delà des risques sécuritaires, plusieurs journalistes dénoncent également les difficultés d’accès à l’information.

    Kudra, par exemple, évoque notamment les restrictions observées dans la communication autour de l’épidémie d’Ebola.

    Selon lui, certaines sources acceptent parfois de s’exprimer avant de revenir sur leurs déclarations après diffusion, invoquant l’absence d’autorisation de leur hiérarchie. Cette situation peut conduire à des demandes de suppression de contenus et à diverses formes de pression sur les journalistes.

    Face à ces obstacles, les professionnels des médias plaident pour un environnement de travail plus favorable.

    D’où la nécessité de sensibiliser davantage les autorités politico-administratives ainsi que la population sur le rôle du journaliste dans la société. Il estime également que le renforcement des capacités des professionnels des médias sur l’éthique et la déontologie demeure essentiel.

    Pierre Saliboko Mangala de la Radio Merveille a une liste claire de pistes de solutions : Garantir la sécurité physique, surtout dans les zones touchées par les conflits ou l’insécurité, lutter contre les menaces, violences et harcèlements contre les professionnels des médias, et sanctionner les auteurs.

    Il évoque aussi la nécessité d’assurer l’accès libre à l’information publique pour permettre un travail professionnel et équilibré, au-delà de renforcer la formation des journalistes, notamment en matière d’éthique et de déontologie, de sécurité numérique et de couverture des zones à risque, et d’améliorer les conditions sociales des journalistes pour limiter leur vulnérabilité.

    Franck Asante appelle à une meilleure collaboration entre les journalistes et les autorités sécuritaires, tout en insistant sur le respect mutuel des prérogatives de chacun. Il recommande également des séances de sensibilisation à l’intention des leaders communautaires afin de rappeler que les médias sont au service de toute la société et non d’une communauté particulière.

    Informer, c’est servir la communauté. Malgré les menaces, les pressions, les difficultés d’accès à l’information ou encore les risques liés aux conflits et aux crises sanitaires, les journalistes de l’Ituri continuent d’exercer leur métier. Le sacrifice qui, parfois, n’est pas reconnu même par leur propre organe.

    Pourtant leur travail permet de documenter les réalités du terrain, d’alerter sur les besoins des populations, de relayer les préoccupations des communautés et de combattre la désinformation. Des données dont parfois se servent des autorités ou même des humanitaires. En Ituri, informer demeure parfois un risque. Mais pour de nombreux journalistes, se taire représenterait un risque encore plus grand.

    Verite Johnson

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