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    Progression inquiétante des rebelles ADF qui pénètrent désormais la province du Haut-Uele. La violence a brusquement grimpé d’un cran dans le territoire de Mambasa au cours du mois de mars 2026. Selon le dernier rapport du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), publié le 21 avril, au moins 424 civils ont été enlevés et 103 tués en l’espace de quelques semaines, alors qu’aucune victime civile n’avait été signalée le mois précédent sur ce même territoire.

    Cette flambée s’inscrit dans un contexte de pression militaire accrue sur les rebelles des ADF, notamment à travers l’opération conjointe Shujaa menée par les FARDC et l’armée ougandaise. Installés dans la zone depuis plusieurs mois, où ils avaient commencé à imposer leur présence par la perception de taxes et des prêches publics, les combattants ont essuyé plusieurs offensives en début mars.

    Le 3 mars, une patrouille conjointe FARDC-UPDF a surpris un groupe ADF en mouvement avec des captifs à Muchanga, dans le groupement de Bapwele. Sept otages, dont des femmes et des enfants, ont été abandonnés et récupérés par les forces engagées. Quelques jours plus tard, entre le 5 et le 8 mars, des frappes d’artillerie menées par l’armée ougandaise ont visé plusieurs positions rebelles à Ekulungu, faisant au moins dix morts dans leurs rangs, parmi lesquels des cadres du mouvement.

    Mais ces revers ont rapidement été suivis de représailles. Dans la nuit du 11 mars, les ADF ont pris le contrôle du site minier de Muchacha, qu’ils ont occupé pendant près de deux semaines. Le bilan provisoire fait état de 67 civils tués. Des infrastructures minières, notamment celles de la société Kimia Mining, ont été incendiées — un fait particulièrement marquant. Plusieurs habitants ont également été enlevés.

    Le 14 mars, une unité des FARDC en route vers cette zone est tombée dans une embuscade. Sept militaires, dont un officier supérieur, ont été tués. Le même jour, les attaques se sont étendues plus au nord. À Alambi, des membres de la communauté Mbuti, ainsi qu’un chef coutumier, ont été enlevés avant que ce dernier ne soit relâché trois jours plus tard. Sur l’axe Mambasa-Isiro, un convoi de motards a également été ciblé à Nzaro : 19 conducteurs capturés, des habitations incendiées.

    La spirale de violence s’est poursuivie dans les jours suivants. Le 18 mars, une incursion nocturne à Babesua, dans la Réserve de faune à Okapi, a coûté la vie à 15 civils, dont des femmes, tandis qu’une dizaine d’autres personnes étaient emmenées de force. Puis, le 28 mars, une série d’attaques coordonnées le long de la RN4, entre Mambasa et Lolwa, a conduit à l’enlèvement massif d’environ 390 civils. Vingt d’entre eux ont été exécutés le jour même.

    Une partie des otages, 269 personnes a ensuite été relâchée sans condition, parmi lesquelles les motards enlevés quelques jours plus tôt. Pour les autres, les ravisseurs exigent des rançons pouvant atteindre 10 000 dollars américains, selon que les victimes disposent ou non d’un « jeton de taxe » délivré par les ADF.

    Ces événements confirment une évolution préoccupante : sous la pression militaire, les ADF poursuivent leur déplacement vers l’intérieur du pays. Déjà observée depuis le lancement de l’opération Shujaa en 2021, cette dynamique les pousse désormais vers de nouvelles zones, notamment vers le nord. Pour la première fois, leur présence est ainsi signalée dans la province du Haut-Uele.

    Le Baromètre sécuritaire du Kivu, projet conjoint du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et de Human Rights Watch, basé sur les recherches de l’Institut Ebuteli, continue de documenter cette progression et l’impact grandissant des violences sur les populations civiles de l’est de la RDC.

     

    Rédaction

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