Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo révèle une évolution préoccupante de la stratégie des Forces démocratiques alliées (ADF).
Soumises à une pression militaire constante dans leurs bastions traditionnels, les rebelles ont progressivement déplacé leur théâtre d’opérations vers l’ouest de l’Ituri, tout en manifestant des signes d’expansion vers la province voisine de la Tshopo. Une reconfiguration qui, selon les experts, pourrait accroître les risques sécuritaires dans des zones jusque-là relativement épargnées.
Selon le rapport consulté par buniaactualite.cd, les ADF continuent d’opérer principalement dans les territoires de Beni et Lubero, au Nord-Kivu, ainsi qu’à Irumu et Mambasa, en Ituri. Toutefois, les enquêteurs relèvent désormais une présence discrète dans l’est de la Tshopo, laissant entrevoir une possible extension de leur zone d’influence. Cette implantation progressive s’appuie sur un dispositif organisé autour de camps permanents, d’unités mobiles et de réseaux logistiques capables d’assurer le ravitaillement des combattants et la circulation des armes.
Les experts estiment que ce redéploiement n’est pas le fruit du hasard. Il répond à une stratégie d’adaptation développée par les ADF face aux offensives répétées menées dans le cadre de l’opération conjointe Shujaa, conduite par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF). À chaque intensification des opérations militaires, le groupe armé abandonne certaines positions, se replie dans des zones où la présence de l’État demeure limitée, puis y reconstitue progressivement ses capacités opérationnelles.
Cette stratégie est particulièrement visible depuis le premier trimestre 2026. Après les frappes menées contre leur quartier général de Medina, dans le territoire de Mambasa, plusieurs unités des ADF se sont redéployées plus à l’ouest, hors du périmètre officiel de l’opération Shujaa. Le groupe dirigé par le commandant Abwakasi est notamment accusé d’avoir mené une série d’attaques meurtrières sur le site minier de Muchacha ainsi que le long de l’axe routier Mambasa-Nia-Nia, étendant la menace jusqu’aux confins des provinces du Haut-Uélé et de la Tshopo. Les Nations Unies indiquent que plus de 90 personnes ont été tuées au cours du seul mois de mars 2026 dans cette nouvelle phase d’escalade.
Le rapport souligne que cette évolution correspond à une logique déjà observée ces dernières années. Les ADF privilégient les espaces où la gouvernance reste faible et où les dispositifs sécuritaires sont insuffisants. En frappant des villages isolés, des sites miniers ou des axes routiers stratégiques, le groupe cherche à détourner la pression militaire tout en maintenant un climat de peur parmi les populations civiles.
Les conséquences humanitaires demeurent considérables. Les experts rappellent que les unités commandées par Abwakasi auraient causé, au cours de l’année 2025, la mort de plus de 600 civils, provoqué le déplacement d’environ 25 000 personnes et détruit au moins 26 villages ainsi que neuf sites miniers. De son côté, le groupe dirigé par Mzee Meya est tenu pour responsable de plus de 230 morts, de plus de 9 000 déplacés et de la destruction de plusieurs dizaines de localités.
Pour les experts des Nations Unies, cette dynamique démontre que la lutte contre les ADF ne peut plus être envisagée uniquement à l’échelle des territoires historiquement touchés. L’extension progressive des attaques vers l’ouest de l’Ituri et les premiers signes d’implantation dans la Tshopo constituent un défi majeur pour les autorités congolaises et leurs partenaires sécuritaires, appelés à anticiper une menace désormais plus mobile et plus diffuse qu’auparavant.
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