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    La décision de AFC/M23 de révoquer le recteur de Université de Goma et de nommer un nouveau comité de gestion dépasse le simple cadre administratif universitaire. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de contrôle institutionnel observée dans les zones passées sous influence rebelle dans l’est de la République démocratique du Congo.

    Officiellement, le mouvement justifie cette mesure par l’absence prolongée du professeur Muhindo Mughanda, qui avait quitté Goma après la prise de la ville par la rébellion soutenue par le Rwanda. Sur le plan administratif, l’argument repose sur une réalité difficilement contestable, celle d’admettre q’une université publique ne peut fonctionner durablement sans direction effective présente sur place, surtout dans un contexte de crise sécuritaire et de perturbation des services publics.

    Mais derrière cette justification technique apparaît une autre lecture plus politique,  celle de la consolidation progressive d’une administration parallèle dans les zones contrôlées par l’AFC/M23.

    Depuis plusieurs mois, la question de la gouvernance des institutions publiques à Goma reste au centre des tensions. Les établissements scolaires, universitaires, structures sanitaires et services administratifs continuent de fonctionner dans un environnement où l’autorité de Kinshasa est fortement contestée sur le terrain. Dans ce contexte, le contrôle des universités représente un enjeu stratégique important.

    Une université n’est pas seulement un espace académique. C’est aussi un symbole d’autorité institutionnelle, de production intellectuelle et d’influence sociale. Contrôler sa direction permet de maîtriser non seulement son fonctionnement administratif, mais également les dynamiques étudiantes, les réseaux académiques et une partie du discours public local.

    La nomination d’un nouveau comité de gestion par l’AFC/M23 pose également la question de la reconnaissance juridique et institutionnelle de ces décisions. À Kinshasa, les autorités centrales pourraient considérer ces nominations comme nulles au regard du droit congolais et du principe d’unicité de l’État.

    Toutefois, sur le terrain, la réalité opérationnelle impose souvent une autre logique. Un pouvoir exercé de facto par l’acteur qui contrôle effectivement l’espace.

    Cette dualité crée un risque de fragilisation durable du système universitaire. À terme, plusieurs interrogations pourraient émerger concernant la validité administrative des actes signés, la reconnaissance des diplômes, les nominations académiques ou encore la gestion des carrières du personnel enseignant et administratif.

    L’autre enjeu concerne la continuité pédagogique. Dans les zones affectées par les conflits armés, les universités sont régulièrement confrontées à des interruptions des activités, aux déplacements des enseignants et à la fuite des cadres qualifiés.

    Dans ce contexte, certaines autorités locales ou groupes armés cherchent à maintenir un minimum de fonctionnement institutionnel afin d’éviter un effondrement total des services éducatifs. C’est probablement aussi l’un des objectifs poursuivis par cette réorganisation annoncée à l’UNIGOM.

    A lire aussi : Le mouvement “Extinction rebellion université de Goma” dans la lutte contre l’insalubrité

    Cependant, cette logique de continuité administrative comporte un risque majeur : celui de l’instrumentalisation politique des institutions académiques. Une université placée sous influence politique ou militaire perd progressivement sa neutralité scientifique et son autonomie intellectuelle, deux principes essentiels dans l’enseignement supérieur.

    Aussi, lorsque le contrôle sécuritaire bascule, les institutions publiques deviennent rapidement des espaces de recomposition du pouvoir. La bataille ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire, mais aussi dans l’administration, l’éducation, la justice et la gestion quotidienne des populations.

    Dans le cas de l’Université de Goma, la question centrale n’est donc pas seulement de savoir qui dirige l’établissement aujourd’hui, mais surtout quel modèle de gouvernance universitaire pourra survivre dans un contexte où l’autorité politique et territoriale demeure profondément contestée.

    Rédaction

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