Le Groupe d’experts des Nations Unies estime que l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) ne poursuit plus uniquement des objectifs militaires. Dans son rapport final sur la République démocratique du Congo, il affirme que le mouvement développe un projet à la fois politique, militaire et administratif, marqué par une volonté d’expansion territoriale, de mise en place de structures de gouvernance parallèles et de recherche d’une reconnaissance politique à travers les négociations.
Selon les experts, l’AFC/M23 continue de rechercher l’extension et la consolidation de son contrôle sur les territoires occupés. Le rapport indique que, depuis le lancement du processus de Doha en mars 2025, la superficie des zones sous son contrôle aurait augmenté de plus de 35 %, en dépit des appels internationaux à un cessez-le-feu et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Les enquêteurs estiment que les ambitions du mouvement dépassent désormais la seule revendication sécuritaire. D’après leurs investigations, l’objectif affiché reste le renversement du Gouvernement congolais. À défaut, l’AFC/M23 envisagerait la création d’une région autonome dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces orientations auraient été enseignées aux recrues dans les centres de formation du mouvement, selon les témoignages recueillis par le Groupe d’experts.
Le rapport relève également une évolution du discours politique des dirigeants de l’AFC/M23. Ceux-ci défendent désormais la création d’une « République fédérale du Congo », tout en abandonnant leur ancienne revendication portant sur l’intégration de leurs combattants au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Les experts indiquent que le mouvement envisage plutôt de constituer les futures forces armées d’un éventuel État fédéral.
Sur le terrain, cette stratégie s’accompagne de la mise en place de mécanismes de gouvernance dans les territoires contrôlés. Dès le résumé du rapport, les Nations Unies indiquent que l’AFC/M23 a consolidé une administration parallèle, notamment à travers des mécanismes bancaires et des systèmes d’assurance alternatifs. Les experts considèrent que ces initiatives traduisent une volonté de gérer durablement les zones sous son contrôle plutôt que de les occuper uniquement à des fins militaires.
Le rapport souligne également que la communication politique du mouvement s’appuie de plus en plus sur des arguments identitaires. Les dirigeants de l’AFC/M23 invoquent notamment la protection des communautés tutsies, banyamulenge et hema contre des risques de nettoyage ethnique ou de génocide pour justifier leurs revendications politiques et leurs opérations militaires. Les experts rapportent ces éléments comme faisant partie du discours public du mouvement.
Pour le Groupe d’experts, cette évolution traduit une transformation importante du conflit. L’AFC/M23 ne se présente plus uniquement comme une force rebelle cherchant à obtenir des concessions militaires. Le mouvement cherche également à construire une légitimité politique, à administrer les territoires qu’il contrôle et à peser sur les négociations internationales en tant qu’acteur politique.
Les conclusions des Nations Unies montrent ainsi que toute solution durable au conflit devra prendre en compte cette double dimension militaire et politique. Au-delà des affrontements sur le terrain, le rapport met en évidence une lutte portant également sur le contrôle des territoires, des institutions locales et de l’organisation future de l’État congolais, des questions qui continuent d’alimenter les tensions dans l’est de la RDC.
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