Le dernier rapport du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), un projet de Ebuteli, dresse un constat nuancé pour le mois de février 2026 : une légère baisse des victimes civiles par rapport à janvier, mais une violence toujours intense, dominée par les actions des rebelles ADF.
Avec au moins 56 civils tués au cours du mois, les ADF restent le groupe armé le plus meurtrier dans la zone couverte par le KST. Le territoire de Lubero concentre à lui seul 32 victimes, confirmant son statut d’épicentre des massacres récents. À Beni, 23 civils ont été tués, tandis qu’un cas a été enregistré en Irumu.
Au-delà des tueries, le groupe est également impliqué dans l’enlèvement d’au moins seize civils et dans cinq affrontements avec les FARDC et les groupes Wazalendo.
Des attaques ciblées et des axes sous menace constante
Sur le terrain, les violences se traduisent par des attaques répétées contre les civils et leurs moyens de subsistance. Embuscades sur les routes secondaires, incendies de maisons et destruction de biens restent des modes opératoires fréquents.
Le 1er février, une attaque au village de Mamove a coûté la vie à deux hommes, accompagnée de l’incendie de plusieurs habitations et commerces. Les jours suivants, les attaques se sont multipliées : agriculteurs tués sur l’axe Oicha-Mamove, incursions meurtrières dans plusieurs villages, motos brûlées et populations prises pour cibles.
Certaines attaques ont été particulièrement meurtrières, comme celles de Mambimbi et Boti où au moins 16 personnes ont été tuées. Ces violences ont entraîné des déplacements massifs de populations, tandis que plusieurs personnes restent portées disparues.
Dans le territoire d’Irumu, une attaque contre une position des FARDC à Machongani, le 27 février, a également fait des victimes parmi les militaires et des civils proches des positions ciblées.
À Mambasa, si les exactions directes ont été relativement limitées, les ADF ont maintenu une pression économique sur les populations à travers des systèmes de taxation imposés depuis novembre 2025.
Bule, symbole d’un contrôle disputé entre FARDC et CRP
En Ituri, la situation sécuritaire a été marquée par la lutte pour le contrôle de la localité de Bule, où les affrontements entre les FARDC et la CRP ont rythmé le mois de février.
Le 4 février, un affrontement violent a permis à la CRP de repousser les forces gouvernementales aux abords de la cité, qu’elles contrôlaient depuis mi-janvier. Une contre-offensive des FARDC n’a pas permis de reprendre le contrôle de la zone. D’autres attaques ont suivi les 10 et 11 février, illustrant une situation militaire instable.
Au total, quatre affrontements ont été enregistrés autour de Bule durant le mois. À la fin février, la localité restait sous contrôle contesté, avec des positions partagées entre les deux camps.
Les combats ont également affecté les civils. À Sanzi, des échanges de tirs ont causé la mort d’un civil et blessé grièvement trois autres. Par ailleurs, des violences ciblées ont été signalées dans le territoire de Djugu, où des civils, notamment issus de la communauté Hema, auraient été tués pour des motifs liés à leur refus de soutenir certains groupes armés.
Le rapport souligne également des suspicions persistantes des FARDC à l’égard de l’armée ougandaise (UPDF), accusée de proximité avec la CRP. Ces soupçons se sont renforcés en février, notamment en raison de l’absence d’intervention de l’UPDF face à certaines actions de la milice.
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