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    Près d’une année s’est écoulée depuis la prise de fonctions du général-major Évariste Kakule Somo à la tête de la province du Nord-Kivu. La promesse qu’il avait formulée d’« installer son bureau à Goma le plus tôt possible » demeure toutefois en suspens, illustrant les défis sécuritaires et institutionnels persistants dans l’est de la République démocratique du Congo.

    Le 31 janvier 2025, à Beni, le général Kakule Somo a officiellement succédé au général Peter Cirimwami au poste de gouverneur militaire du Nord-Kivu, à la suite d’une décision signée par le chef de l’État, Félix Tshisekedi. Face à l’avancée des rebelles du M23 et à leur présence dans la ville de Goma, l’administration provinciale avait été temporairement transférée à Beni, à plus de 250 kilomètres du chef-lieu de la province.

    Lors de son discours d’investiture, le « nouveau » gouverneur avait déclaré sans ambiguïté : « Mon bureau se trouve à Goma, je vais m’y installer le plus tôt possible ». Des propos relayés par des médias, dont Buniaactualite.cd.

    Cette annonce avait été perçue, par certains observateurs, comme un « signal fort de volonté politique » visant à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du Nord-Kivu, mais aussi comme une promesse symbolique de rapprochement de l’administration avec les populations.

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    Une promesse confrontée à la réalité sécuritaire

    Depuis lors, plusieurs facteurs ont freiné la concrétisation de cet engagement. La persistance de l’insécurité dans et autour de Goma, marquée par la présence du M23 et par des opérations militaires continues, a contraint les autorités provinciales à maintenir leur siège à Beni pour des raisons à la fois sécuritaires et logistiques.

    Les autorités nationales et certains partenaires internationaux, ont régulièrement souligné la nécessité de réunir des conditions sécuritaires minimales avant tout retour effectif de l’administration provinciale à Goma. La question autour de la réouverture de l’aéroport de Goma persiste aussi.

    Dans l’entre-temps, l’AFC-M23 a installé une administration parallèle à Goma, nomment un gouverneur, un maire de la ville et d’autres administratifs. Une attitude souvent condamnée par Kinshasa.

    Cette situation n’a cependant pas empêché le gouverneur de multiplier des missions dans d’autres territoires du Nord-Kivu. À Walikale notamment, il a lancé des appels à la diversification de l’économie locale, en mettant l’accent sur l’agriculture et le commerce afin de réduire la dépendance à l’exploitation minière. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie visant à stabiliser l’arrière-pays et à préparer un environnement plus propice à un fonctionnement normal des institutions.

    Au-delà de la question du retour à Goma, l’action du gouverneur Kakule Somo s’est articulée autour de plusieurs axes : le rétablissement de l’autorité de l’État, la coordination des efforts contre les groupes armés et la promotion de projets de développement. Des territoires comme Butembo et Walikale ont été au centre de ses interventions, dans un contexte où les enjeux sécuritaires et économiques demeurent étroitement liés.

    Néanmoins, l’absence prolongée de l’administration provinciale à Goma suscite des interrogations au sein de l’opinion publique et de la classe politique locale. À travers différentes correspondances, certains députés provinciaux ont critiqué la gestion administrative depuis Beni, évoquant notamment des difficultés liées au fonctionnement des institutions et au paiement des agents publics.

    Perspectives et enjeux pour 2026

    Alors que la situation sécuritaire reste volatile et que les discussions politiques se poursuivent à différents niveaux, le retour effectif du gouverneur à Goma apparaît comme un indicateur majeur de la restauration de l’autorité de l’État au Nord-Kivu.

    À ce stade, la gouvernance provinciale semble davantage s’inscrire dans une logique « itinérante et adaptative », dictée par les réalités du terrain.

    Dans ce contexte, la promesse initiale de s’installer à Goma demeure un objectif stratégique dont la réalisation dépend étroitement d’une amélioration durable de la sécurité et d’un environnement politique stabilisé. À l’approche du premier anniversaire de cette déclaration, l’opinion publique continue d’observer avec attention les actions du gouverneur Kakule Somo, dont le leadership sera perçu comme déterminant pour l’avenir de la province.

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    Goma est contrôlée depuis maintenant plus d’une année par des rebelles de l’AFC-M23 appuyés par le Rwanda. Le retour du gouverneur Kakule paraît encore hypothétique. Kinshasa et Kigali y compris dans une certaine mesure l’AFC-M23, sont engagés sur différents fronts diplomatiques à la recherche de solution sur la crise de l’est : Doha, États-Unis…

    Malgré l’aspect diplomatique, des combats sont régulièrement signalés dans certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Chaque partie accuse souvent l’autre du non respect de ces engagements.

    David Ramazani

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