Dans une province de l’Ituri encore marquée par les conflits armés, certaines trajectoires individuelles prennent aujourd’hui une résonance particulière. Celle de Yves Kahwa Panga Mandro, chef de la chefferie des Bahema Banywagi, s’inscrit désormais dans une dynamique de transformation, tournée vers la paix et le développement.
Longtemps associé à des périodes tumultueuses de l’histoire de l’Ituri, Kahwa Panga semble aujourd’hui avoir opéré un virage décisif. Depuis son retour en avril 2025, il affiche une volonté claire : contribuer activement à la stabilisation de l’Ituri et accompagner les efforts engagés dans le cadre de l’état de siège.
Ce repositionnement l’a progressivement rapproché de l’autorité provinciale, incarnée par le lieutenant-général Johnny Luboya N’kashama. Une relation marquée par une confiance mutuelle, visible notamment à travers l’accompagnement de certains projets locaux visant le bien-être collectif.
Un discours assumé en faveur de la paix
Dans un contexte où l’activisme des groupes armés continue de fragiliser plusieurs territoires, Kahwa Panga adopte désormais un ton sans ambiguïté. Il appelle à l’unité des communautés et insiste sur la nécessité du désarmement comme condition préalable à une paix durable.
« La guerre tue, la guerre détruit l’économie. Nous ne pouvons plus tolérer que le groupe Thomas ou tout autre groupe armé continue de semer le chaos dans notre province. », disait-il à son retour en avril 2025.
Un message qui s’inscrit dans la vision plus large du président Félix-Antoine Tshisekedi, dont la stratégie sécuritaire à travers l’état de siège vise à restaurer l’autorité de l’État et favoriser le retour à une stabilité durable.
Bahema Banywagi : une accalmie réelle
Sur le terrain, la chefferie des Bahema Banywagi fait partie des zones ayant connu une relative amélioration sécuritaire ces derniers mois. Une évolution attribuée à la fois aux opérations militaires et à l’implication des autorités coutumières.
Kahwa Panga reconnaît ouvertement cette dynamique et n’hésite pas à encourager la population à faire confiance aux institutions mises en place dans le cadre de l’état de siège.
Le 12 avril 2026, lors d’un échange avec buniaactualite.cd à Mandro (chef-lieu de sa chefferie), il déclarait : « Nous devons faire confiance à notre gouverneur. Nous suivons ses pas dans le développement qu’il est en train d’accomplir. Nous aussi, nous ne devons pas croiser les bras. »
Un discours qui traduit une volonté de responsabilisation collective, où la paix devient non seulement une affaire d’État, mais aussi un engagement communautaire.
De la paix au développement : une vision concrète
Au-delà des discours, Kahwa Panga s’inscrit également dans une logique d’actions concrètes. Convaincu que l’absence d’opportunités économiques alimente l’instabilité, il place la question de l’emploi des jeunes au cœur de ses priorités.
À Mandro, un projet d’adduction d’eau potable est en cours, avec une capacité annoncée de plus de 4 000 bénéficiaires dans la première phase. À Tchomia, il prévoit la mise en place d’un centre de formation, en complément des activités économiques déjà existantes, notamment autour de l’usine Zeth La Grande.
Pour lui, la paix ne peut être durable sans perspectives économiques. Le manque d’emploi est aussi un facteur de crise. D’où la nécessité de former, encadrer et offrir des opportunités aux jeunes.
Cette approche lie directement sécurité et développement, dans une province où les deux enjeux restent profondément imbriqués.
L’évolution de Kahwa Panga Mandro reflète, au-delà de sa personne, une aspiration plus large : celle de tourner la page des violences pour construire un avenir collectif apaisé.
Djugu, longtemps perçu comme un épicentre des tensions, tente aujourd’hui de se redéfinir. Entre efforts militaires, initiatives locales et appels à la cohésion, une nouvelle dynamique semble émerger, encore fragile mais porteuse d’espoir. Un espoir qui doit se concrétiser par l’adhésion au processus de paix pouvant conduire au dépôt des armes notamment par la CRP.
La paix comme levier du développement. Un pari qui, s’il se confirme dans la durée, pourrait contribuer à redessiner progressivement le visage de l’Ituri : une terre marquée par son passé, mais résolument tournée vers ses opportunités.
Verite Johnson

