Le 10 janvier constitue une date symbolique dans le droit congolais, marquant la reconnaissance officielle de l’enfant comme sujet de droit. Pourtant, seize ans après l’adoption de cette loi, le bilan dressé par les défenseurs des droits de l’enfant à Bunia demeure préoccupant.
Pour eux, cette commémoration s’apparente davantage à une « journée de vérité » qu’à une célébration. David Kalume, point focal du Réseau d’encadrement pour la participation des droits de l’enfant, a tiré la sonnette d’alarme.
Selon lui, malgré un texte juridique « clair et conforme aux standards internationaux », l’écart entre la loi et la réalité quotidienne des enfants reste « profond et alarmant ».
Les constats évoqués sont accablants. En Ituri, de nombreux enfants seraient exposés à diverses formes de maltraitance. David Kalume dénonce notamment les « violences spirituelles, les accusations de sorcellerie et les humiliations publiques » observées dans certaines églises, rappelant que « la foi ne peut en aucun cas servir de justification à la maltraitance ».
Le milieu scolaire n’est pas épargné. La persistance des châtiments corporels, des violences sexuelles et du harcèlement y est pointée du doigt. « Une école qui frappe un enfant viole la loi et compromet l’avenir de la nation », a-t-il déclaré.
L’inaction des autorités est également vivement critiquée. Les acteurs de la protection de l’enfance évoquent une faible vulgarisation de la loi, l’absence de poursuites systématiques contre les auteurs de violences, ainsi qu’un manque criant de budget consacré à la sensibilisation. « Une loi non appliquée devient une injustice institutionnalisée », a estimé M. Kalume.
Les groupes armés actifs dans certaines zones de l’Ituri sont aussi mis en cause pour le recrutement et l’exploitation d’enfants. « Aucun conflit ne justifie l’utilisation d’un enfant comme soldat », a-t-il martelé.
À l’échelle locale, l’insécurité routière représente une menace supplémentaire. Les conducteurs de motos et de triporteurs, circulant à vive allure à proximité des écoles, seraient responsables d’accidents graves, parfois mortels. Les activistes réclament des contrôles renforcés, l’installation de ralentisseurs et des patrouilles ciblées.
Au regard de ce tableau sombre, un appel à la responsabilité collective a été lancé à l’endroit des autorités, des confessions religieuses, des établissements scolaires, des parents, de la société civile et des médias. « Protéger l’enfant n’est ni une faveur ni une option. C’est une obligation légale, morale et nationale », a conclu David Kalume, réaffirmant son engagement à défendre chaque enfant.
Grâce Kasemire

