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    Un atelier de trois jours a été lancé ce mardi 7 avril 2026 à Bunia, avec pour objectif la mise en place du tout premier Comité provincial de coordination et d’orientation des victimes de la traite des personnes en République démocratique du Congo.

    Cette initiative, portée par le Gouvernement provincial, bénéficie de l’appui technique et financier de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), avec le soutien de l’Union européenne.

    C’est une première dans le pays. Jusqu’à présent, seule une coordination nationale, rattachée au cabinet du chef de l’État, existait. Avec cette démarche, l’Ituri se positionne comme une province pilote, appelée à inspirer d’autres entités à travers la RDC.

    « Aujourd’hui, nous sommes à Bunia pour mettre en place, sous le leadership du gouvernorat, le comité provincial de coordination de lutte contre la traite des personnes. C’est une première en RDC. L’Ituri va montrer l’exemple aux autres provinces », a déclaré Dr Fils-Lien Ely Thelot, expert international en lutte contre la traite des personnes.

    Durant ces trois jours, l’atelier réunit les acteurs de première ligne, notamment les divisions de la famille, de l’enfant et des affaires sociales, la protection civile, les forces de sécurité (police, armée, auditorat militaire, DGM), le parquet général, le barreau ainsi que des représentants de la société civile.

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    Dans une interview accordée à Buniaactualité.cd, Dr Fils-Lien a révélé que l’étude menée par l’OIM, dont les résultats seront prochainement rendus publics, met en lumière plusieurs formes de traite dans la province : travail forcé dans les zones minières, exploitation sexuelle liée aux conflits armés, enrôlement forcé d’enfants dans des groupes armés, ainsi que les mariages forcés.

    « Les chiffres sont alarmants. Face à cette réalité, nous avons jugé nécessaire, avec le gouvernorat, de mettre en place un mécanisme pour documenter les cas, prendre en charge les victimes, les orienter et les réinsérer », a ajouté l’expert de ce domain.

    L’atelier vise également à combler un vide en matière de mécanismes de référencement des victimes, encore inexistants. Les participants planchent sur l’élaboration d’outils concrets, notamment des formulaires d’entretien, des fiches d’évaluation des risques et des procédures opérationnelles standard, ainsi que les termes de référence du futur comité.

    À l’ouverture, le représentant de l’OIM a salué le leadership du gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya, ainsi que l’appui de l’Union européenne à travers le projet de renforcement de la coopération transfrontalière, de stabilisation et de résilience dans les zones frontalières entre la RDC et l’Ouganda.

    « Nous posons aujourd’hui les bases d’une avancée majeure contre la criminalité transnationale organisée. Pour la toute première fois sur l’ensemble du territoire national, une structure provinciale de coordination verra le jour. Nous sommes en train de vivre un moment historique », a-t-il déclaré.

    Prenant la parole au nom du gouverneur, le secrétaire exécutif provincial a rappelé que cet atelier s’inscrit dans la continuité de la rencontre transfrontalière tenue à Arua, en Ouganda, du 10 au 12 mars dernier. Il a insisté sur l’urgence d’agir face à la porosité des frontières et aux réseaux criminels qui exploitent les vulnérabilités.

    « Il ne s’agit pas de créer une structure de plus, mais de bâtir un véritable rempart institutionnel capable d’harmoniser l’action de tous les acteurs de première ligne, pour qu’aucune victime ne soit laissée pour compte », a-t-il souligné.

    Les travaux se poursuivent jusqu’au 9 avril, de 08h30 à 17h00, à l’Hôtel de la Province. Ils devraient aboutir à l’adoption des termes de référence du nouveau comité, appelé à jouer un rôle clé dans l’identification, la protection, l’orientation et la réinsertion socio-économique des victimes de ce phénomène souvent qualifié d’« esclavage moderne ».

    Grâce Kasemire

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