
Plus de septante mille (70.000) hectares sur les 13.726 kilomètres carrés que compte la Réserve de faune à Okapis (RFO) sont depuis environ trois ans spoliés par une société chinoise dénommée Kimia mining/MCCR dans la chefferie de Bombo, dans le territoire de Mambasa en province de l’Ituri, ceci sous la bénédiction de certaines autorités coutumières et administratives locales. Mais où va l’or extrait dans cette réserve ?
C’est le constat fait à l’issue d’une enquête menée conjointement dans cette partie de la République démocratique du Congo par mediacongo.net et buniaactualite.cd
En effet cette société qui exploite illicitement de l’or, est allée jusqu’à pénétrer dans cette aire protégée, notamment dans les site de Talisa, Ekulungu, Penge et Muchacha, nous renseigne une source digne de foi au sein de la RFO.
Pour mémoire, la réserve de faune à Okapis est localisée en RDC, à cheval entre les provinces de l’Ituri et du Haut-Uele.
Avec une étendue de plus de 13.000 kilomètres carrés, dont une grande partie (plus de 80%) se trouve à Mambasa en Ituri, la RFO chevauche également sur les territoires de Watsa et de Wamba.
D’après le chargé de communication de la RFO Muyisa Muzaliwa Yuda, c’est la chefferie de Bombo qui est la plus touchée par ce phénomène de « spoliation » au profit des chinois à la recherche du métal jaune.
“ La RFO contient dix (10) chefferies, trente deux (32) groupements et deux cents soixante cinq (265) localités ou villages d’où les sites spoliés se retrouvent ”, relève-t-il.
Comme conséquence de cette intrusion dans cette aire protégée, la destruction de la faune et de la flore, bref de tout l’écosystème sans aucune garantie de réparation.
“ Des arbres sont coupés ça et là, de vastes étendues de terre sont creusées par des machines parfois à dix (10) voire quinze (15) mètres de profondeur, malheureusement non recouvertes après exploitation ”, s’est indigné un habitant de la localité de Badengaido.
Que deviendront d’ici 5 ans ou plus ces vastes étendues de terre spoliées, exploitées de manière abusive, parfois avec utilisation des produits chimiques nuisibles à l’écosystème des rivières, en tout cas la question reste pendante.
Nous avons tenté de rencontrer les responsables de Kimia Mining incriminés. Après plusieurs tentatives, l’un des agents nous a soufflé :
“ Mon cher, personne ne répondra à vos questions, nous sommes venus ici pour chercher de l’argent ”, a-t-il renseigné.
Très souvent, ces exploitants étrangers qui pullulent dans plusieurs coins de l’Ituri, en complicité avec les responsables des coopératives minières alors que le code minier révisé de la RDC ne tolère pas l’implication des étrangers dans l’exploitation minière artisanale, sont souvent protégés au plus haut niveau par des autorités provinciales et nationales.
“ Allez à Kinshasa la capitale congolaise, c’est là que vous aurez des réponses à vos questions ”, nous a lancé un autre agent au moment où nous avons insisté pour visiter les installations de Kimia Mining dans la zone.
Un vrai mystère s’entretient donc autour de cette spoliation de la RFO par des expatriés chinois qui, visiblement, sont nombreux et quasiment « incontrôlés ».
Toutefois, reconnaît la société civile de Badengaido en chefferie de Bombo, il se pose un problème de l’existence de deux cartes en rapport avec les limites de la RFO.
“ Il y a une cacoffonie entre le ministère des mines et celui de l’environnement au sujet de la délimitation de la Réserve de faune à Okapis. C’est le ministère des Mines qui avait octroyé des documents nécessaires aux Chinois leur permettant de mener leurs activités, au motif que le site de Muchacha ne se retrouve pas dans l’enceinte de la RFO ”.
Pourtant le ministère de l’environnement affirme détenir des preuves que Muchacha se retrouve bel et bien dans la RFO.
Ilunga Ngoyi Léonard, coordonnateur de cette structure citoyenne plaide pour l’harmonisation entre les deux ministères afin de clarifier cette situation.
Au sujet, les jeunes de la chefferie de Bombo quant à eux s’insurgent contre la manière dont les chinois procèdent au recrutement des travailleurs.
D’après eux, aucun jeune de Badengaido n’est employé avec cette société minière, la plupart des agents seraient venus d’ailleurs.
A Bunia capitale provinciale, on ne trouve aucun comptoir agréé d’achat d’or, ce qui soulève la question de savoir où passe la grande quantité d’or extrait dans cette partie du pays, où pourtant submergent plusieurs groupes armés, notamment dans les territoires de Mambasa, Djugu et Irumu.
Il sied de préciser que la prochaine entité ciblée par ces expatriés chinois, c’est la localité de Bandisende au carré minier de Bapela situé également en pleine réserve de faune à Okapis, nous a soufflé une source anonyme.
Un « silence de mort » règne du côté du gouvernement congolais face à cette situation pourtant cruciale. Dans l’entretemps, la RFO continue à être « exploitée » et « détruite », plusieurs kilogrammes d’or prennent une « destination quasi inconnue », alors que le territoire de Mambasa (Ituri) manque des infrastructures sociales de base et sa population vit dans une pauvreté « extrême ».
Depuis Mambasa, Jules César Katsipa
