Les pourparlers engagés à Kampala, en Ouganda, entre le gouvernement congolais et la Convention révolutionnaire pour la paix (CRP) suscitent des interrogations sur les perspectives de paix en Ituri. S’ils peuvent être perçus comme une opportunité de mettre fin aux violences et de favoriser le retour des populations déplacées, ces échanges soulèvent également une question majeure : le dialogue avec un groupe armé constitue-t-il un pari nécessaire pour la paix ou risque-t-il de créer une prime à la rébellion ?
Selon Henry-Pacifique Mayala, coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), dans une série de vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux, le porte-parole de la CRP en Ituri apparaît en treillis militaire, entouré de trois combattants lourdement armés. Dans son intervention, il évoque notamment le retour des populations contraintes de fuir leurs villages depuis 2017.
Selon lui, l’instabilité persistante en Ituri serait liée à l’inefficacité des services de sécurité, mais également à la mauvaise gouvernance, à la mégestion et au népotisme qu’il impute aux autorités de Kinshasa.
Ces déclarations interviennent alors que la CRP serait engagée dans des pourparlers avec le gouvernement congolais en Ouganda, sous la facilitation du président ougandais Yoweri Kaguta Museveni.
Un dialogue au nom de la paix
Pour ses partisans, l’ouverture de discussions avec les groupes armés peut constituer un moyen de rechercher une issue politique à une crise sécuritaire qui perdure depuis plusieurs années.
La question du retour des populations déplacées est particulièrement sensible. Des milliers de personnes ont été contraintes d’abandonner leurs villages en raison des violences armées et vivent encore dans des conditions précaires, loin de leurs terres et de leurs activités habituelles.
Dans ce contexte, toute initiative susceptible de favoriser la cessation des hostilités et de permettre un retour sécurisé des civils peut être considérée comme une avancée.
Mais le dialogue de Kampala pose aussi la question des conditions dans lesquelles les groupes armés sont amenés à négocier avec l’État.
Le risque d’une légitimation des groupes armés
La CRP, créée à Kampala en mars 2025, est présentée dans ce texte comme ayant été fondée par Thomas Lubanga, ancien chef de milice condamné par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.
La participation d’un mouvement armé à des négociations politiques peut dès lors susciter des inquiétudes au sein de l’opinion publique. Certains observateurs craignent qu’un tel processus ne donne aux groupes armés une légitimité politique qu’ils n’auraient pas obtenue par les urnes.
D’où la question centrale soulevée par Henry-Pacifique Mayala : comment négocier la paix sans donner le sentiment que prendre les armes constitue le meilleur moyen d’obtenir une place à la table des négociations ?
Entre impératif de paix et exigence de responsabilité
Le défi pour les autorités congolaises consiste donc à trouver un équilibre entre la nécessité de dialoguer pour mettre fin aux violences et l’obligation de préserver l’autorité de l’État et les principes de justice.
La réussite d’un tel processus dépendra notamment de ses résultats concrets sur le terrain : cessation effective des violences, désarmement, retour sécurisé et volontaire des déplacés, réinsertion des combattants éligibles et prise en compte des victimes.
Des réactions divergentes des internautes après la vidéo de la CRP
La vidéo du porte-parole de la Convention révolutionnaire pour la paix (CRP), appelant notamment au retour des populations déplacées depuis plusieurs années, suscite des réactions contrastées sur les réseaux sociaux.
Certains internautes estiment que les revendications politiques et sociales doivent se faire par des moyens pacifiques, plutôt que par le recours aux armes. « Si le président ne gère pas bien le pays, il n’est pas question de soutenir les opposants armés ou de détester les gouvernements. Il existe plusieurs façons de réclamer ses droits, notamment les marches pacifiques et les grèves », écrit l’un d’eux.
D’autres se montrent plutôt soulagés par le contenu de la déclaration, qu’ils interprètent comme moins politique qu’ils ne le craignaient. « Je pensais qu’il allait dire : depuis 2019 jusqu’à nos jours. Heureusement, Fatshi est sauvé de cette déclaration merdique », réagit un internaute, faisant référence au président Félix-Antoine Tshisekedi.
Une autre réaction établit, quant à elle, un parallèle avec d’autres acteurs politiques ou sécuritaires de l’Ituri. « Si vous ne le savez pas, Lubanga est du même acabit ! Ces trouble-fêtes qui ne comprennent jamais », peut-on lire dans un commentaire.
Ces réactions illustrent ainsi une opinion en ligne loin d’être unanime, certains internautes privilégiant les voies pacifiques de revendication, tandis que d’autres expriment leur méfiance ou leur désaccord à l’égard des acteurs impliqués dans les conflits en Ituri.
Le processus de Kampala pourrait ainsi représenter une opportunité pour ouvrir une nouvelle page dans l’histoire sécuritaire de l’Ituri. Mais sans garanties solides et sans mécanismes de responsabilisation, il pourrait également alimenter le sentiment qu’en République démocratique du Congo, la violence reste un raccourci vers la reconnaissance politique.
Jonathan Bavonga

