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    À l’occasion de la Journée Internationale de la Femme Africaine, le collectif et réseau des organisations des femmes, ont tenu une conférence de presse à Bunia ce mercredi 30 juillet pour dénoncer l’augmentation alarmante des violences basées sur le genre (VBG) dans la province de l’Ituri.

    Le collectif appelle à une mobilisation générale et à une « Tolérance Zéro » face à des crimes qui menacent la dignité et la vie des femmes et des filles dans cette partie du Nord-Est de la République démocratique du Congo.

    Des chiffres glaçants, des facteurs et des pratiques inacceptables

    Au cours de cette conférence, animée par Me Joséphine Vay, porte-parole des organisations féminines, elle a présenté une série de cas récents et graves de VBG, documentés sur les trois dernières années. Parmi les faits les plus choquants, on compte :

    Le viol d’un bébé de trois mois à Kilo État en 2025 ; Le viol et le meurtre d’une jeune femme de 23 ans à Marabo en 2024; Le viol collectif d’une femme de 33 ans par 14 hommes en juin 2025; L’enlèvement, le viol et le meurtre d’une jeune femme de 29 ans à Bunia en juillet 2025, dont le corps a été retrouvé dans la rivière Ngezi; Des cas de violence domestique ayant entraîné la mort d’une femme enceinte en avril 2025; Le viol d’une fille de 7 ans par son oncle maternel, causant sa mort, au début de l’année 2025; Le viol d’une fille de 5 ans par son oncle maternel en juin 2025.

    Ces atrocités sont le reflet d’une situation de plus en plus précaire pour les femmes et les filles en Ituri, exacerbée par un contexte d’insécurité persistante et des pratiques socioculturelles néfastes.

    Le FOMI a également mentionné plusieurs facteurs contribuant à la perpétuation des VBG :

    La persistance des us et coutumes qui déséquilibrent les rapports de pouvoir entre hommes et femmes.

    Les arrangements à l’amiable entre familles, les mariages forcés et les unions conjugales d’enfants, qui privent les victimes de justice.

    Le recrutement d’enfants pour la prostitution dans des maisons de tolérance et les marchés nocturnes, notamment dans les sites de déplacés de Bunia.

    L’existence d’abris inhabités servant de lieux de prostitution pour mineurs.

    La non-dénonciation des cas de VBG dans les zones sous contrôle des groupes armés, par peur de représailles.

    La corruption et les trafics d’influence qui permettent la libération ou la non-poursuite de certains auteurs de violences sexuelles.

    Le Forum des Mamans de l’Ituri, créé en 2001, s’engage activement dans le renforcement de la paix communautaire, la promotion de l’égalité des droits et l’autonomisation des femmes. Dans le cadre du programme JAD (Justice, Autonomisation et Dignité des femmes et des filles), le FOMI met en œuvre un projet de renforcement des capacités des organisations féminines pour la prévention des VBG, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le financement du Gouvernement Canadien.

    Ce projet a déjà permis des avancées significatives lors de sa première phase, notamment la mise en place de réseaux de surveillance des VBG, le renforcement des capacités des animateurs, la création de groupes WhatsApp pour les alertes, et le référencement de plus de 30 cas de VBG vers des structures de prise en charge à Bunia et Mahagi. La phase actuelle vise à consolider et pérenniser ces efforts.

    Appels à l’action et recommandations

    Eu égard à l’ampleur du problème, le FOMI a formulé des recommandations claires à l’attention de toutes les parties prenantes, dont

    Aux autorités judiciaires : Appliquer strictement la loi en matière de VBG, assurer la répression et la réparation, et sensibiliser sur les textes nationaux et internationaux relatifs aux droits des femmes.

    Aux groupes armés : Cesser d’utiliser la violence sexuelle comme arme de guerre et respecter le droit international humanitaire.

    Aux organisations engagées dans la lutte contre les VBG : Consolider les efforts de prévention (sensibilisation, information, formation) et intégrer une approche différenciée selon les sexes.

    Aux partenaires techniques et financiers : Appuyer les actions des organisations et renforcer leurs capacités institutionnelles.

    Aux membres de la communauté : Dénoncer les cas de VBG, orienter les victimes vers des structures de prise en charge et bannir les antivaleurs.

    Aux médias et presses : Vulgariser les lois réprimant les VBG et sensibiliser le public.

    Le FOMI réaffirme qu’aucune coutume, tradition ou considération religieuse ne peut justifier la violence envers les femmes et les filles. La lutte contre ces crimes graves doit être une priorité absolue pour construire un monde juste et égalitaire en Ituri.

    Rédaction

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