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    Dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, les violences armées continuent de frapper durement les populations civiles, prises dans un cycle meurtrier sans fin. Des milliers de personnes vivent dans la peur, entre déplacements forcés, perte de leurs biens et difficultés à survivre.

    Pour tenter d’alléger cette souffrance, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a récemment distribué des vivres et des articles essentiels à près de 12 000 personnes revenues dans leurs villages après avoir fui les attaques. Dans la chefferie de Mambisa, territoire de Djugu, chaque famille a reçu des ustensiles de cuisine, du savon, des couvertures et des rations alimentaires pour un mois. Beaucoup ont retrouvé leurs maisons incendiées et leurs champs dévastés.

    « Avant la guerre, je vivais ici avec mes neuf enfants et mes petits-enfants », raconte Thérèse, une mère marquée par la perte d’un de ses enfants et la destruction de sa maison. « Je n’avais jamais imaginé que je verrai le sang de mes enfants couler dans ma maison et que cette maison nous serait enlevée brusquement par la guerre. »

    Depuis plusieurs années, l’Ituri est secouée par une série d’affrontements entre groupes armés et opérations militaires, souvent marquées par des attaques ciblant directement les civils. Le droit international humanitaire interdit pourtant ce type d’agressions contre les populations et leurs biens.

    Les conséquences sont lourdes : pertes humaines, violences sexuelles, déplacements massifs, recrutements d’enfants et destruction des moyens de subsistance. Selon les Nations Unies, près de 1,5 million de personnes souffrent d’insécurité alimentaire dans la province.

    « Depuis 2017, je me suis déplacée de nombreuses fois », témoigne Joséphine, bénéficiaire de l’assistance du CICR. « Je ne peux plus retourner à Fataki parce que la situation reste instable et il ne nous reste plus rien là-bas. »

    L’accès aux soins reste lui aussi très limité. Les structures de santé dans les zones touchées par les attaques fonctionnent difficilement, certaines ayant été pillées ou abandonnées. D’après Médecins Sans Frontières (MSF), la clinique Salama à Bunia a reçu plus de 350 blessés par armes depuis le début de l’année, dont plus de 200 entre juillet et octobre 2025.

    « Le CICR soutient plusieurs structures médicales dans les territoires de Djugu et Irumu. Nos équipes y constatent une baisse du nombre de consultations médicales pour les femmes et enfants, principalement à cause de l’insécurité », souligne Alfred Wadie, chef adjoint de la sous-délégation du CICR à Bunia.

    Par ailleurs, l’afflux de personnes déplacées internes exerce une forte pression sur les infrastructures, notamment celles liées à l’eau. Dans plusieurs sites, les familles doivent se contenter d’eau non traitée, exposant les communautés à des maladies hydriques.

    À ces souffrances matérielles s’ajoutent des blessures invisibles. Les équipes du CICR notent une hausse des troubles psychologiques  dépression, anxiété, traumatismes post-conflit chez des personnes ayant tout perdu. La détresse mentale gagne du terrain, même dans les zones censées servir de refuge.

    « Nous appelons toutes les parties aux conflits et tous les acteurs de la violence armée en Ituri à prendre conscience de l’impact dramatique sur les populations civiles. Ils doivent impérativement prendre des mesures pour préserver les populations civiles et leurs biens de toute attaque », déclare François Moreillon, chef de la délégation du CICR pour la RDC.

    Alors que les combats se poursuivent et que la peur s’installe, les habitants d’Ituri continuent de payer le prix le plus lourd d’une guerre qui semble sans fin.

    Rédaction

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