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    Des accusations croisées autour des attaques dans le site de déplacés de Plaine Savo à Djugu. La situation sécuritaire reste préoccupante dans la localité de Bule, en province de Ituri, où le site de personnes déplacées se retrouve aujourd’hui au centre de vives tensions. Entre accusations de l’armée et dénonciations d’une organisation de déplacés, la plaine de Savo est devenue le symbole d’un espace censé protéger les civils mais désormais rattrapé par la violence.

    Dans un communiqué rendu public le 10 mars à Bunia, les Forces armées de la RDC indiquent que la dégradation de la situation sécuritaire à Bule serait liée à des attaques répétées menées contre leurs positions par des éléments du mouvement armé CRP, associé à Thomas Lubanga.

    Selon l’armée, certaines de ces attaques seraient organisées à partir des sites de personnes déplacées installés dans la plaine de Savo. Les FARDC affirment également que, lors des affrontements, certains combattants se dissimuleraient parmi les déplacés et utiliseraient parfois des civils notamment des femmes et des enfants comme boucliers humains afin d’échapper aux opérations militaires.

    Pour l’armée, cette situation complique les opérations sur le terrain et alimente la peur au sein de populations déjà fragilisées par la guerre. Les conditions de vie dans ces sites restent en effet difficiles, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau potable et à d’autres services essentiels.

    Les autorités militaires assurent avoir pris des dispositions pour neutraliser la menace et rétablir la sécurité dans cette partie de la province. Les FARDC mettent également en garde toute personne ou tout groupe qui chercherait à manipuler les civils afin de les maintenir dans ces camps pour servir des intérêts contraires à la paix.

    Dans cette perspective, l’autorité provinciale a sollicité l’implication du vicaire général Eustache Roger Tsorove, de la paroisse Saint-Joseph de Bule, afin de sensibiliser les fidèles et la population au retour dans leurs localités d’origine. L’armée affirme par ailleurs que certaines personnes se déclarent déplacées alors qu’elles vivent à proximité immédiate de leurs villages.

    Cependant, cette version est contestée par l’Association des déplacés victimes des guerres (ADVG). Son communicateur, Olivier Bavi Karba, accuse de son côté certains militaires de graves violations des droits humanitaires dans le site de la plaine de Savo.

    Dans un entretien accordé à la presse le 10 mars, il affirme que le site aurait été la cible de tirs le lundi 9 mars. Selon lui, des éléments des FARDC basés à Bule auraient tiré plusieurs balles réelles en direction du camp, causant des dégâts et faisant des blessés parmi les déplacés.

    Face à la multiplication des violences, explique-t-il, plusieurs familles auraient choisi de quitter le site pour se réfugier dans des zones jugées plus sûres. L’ADVG dit ne pas pouvoir garder le silence face à ce qu’elle considère comme de graves atteintes aux droits humains et interpelle la communauté internationale.

    L’organisation affirme notamment prendre à témoin le Comité international de la Croix‑Rouge et la mission de l’ONU en RDC, la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, qu’elle estime silencieux face aux violences signalées.

    Ces accusations opposées illustrent la complexité d’un conflit où les civils se retrouvent souvent pris au piège. Selon les principes du droit international humanitaire, les populations civiles et les sites qui les abritent doivent être protégés et ne doivent pas être utilisés à des fins militaires. Lorsque ces espaces deviennent des lieux d’affrontement ou de refuge pour des combattants, ils perdent leur statut de sanctuaire et exposent davantage les civils aux dangers du conflit.

    Rédaction

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