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    Bunia est en train de changer de visage. Au cœur d’une province longtemps marquée par l’instabilité, la ville s’apprête à franchir une étape décisive avec la modernisation de son aéroport. Ce qui n’était autrefois qu’une piste aux capacités limitées devient aujourd’hui une infrastructure aux standards nationaux voire internationaux, appelée à transformer durablement le paysage économique et institutionnel de l’Ituri.

    Sur place, le chantier avance. La piste s’étend désormais sur 2 500 mètres, contre 1 850 mètres auparavant. La largeur de la bande de roulement atteint 45 mètres, contre 30 dans l’ancienne configuration. Le tarmac passe de 14 000 à 27 600 mètres carrés. La dimension de la chaussée évolue de 29 centimètres à 74 centimètres d’épaisseur, tandis que celle du tarmac atteint 89 centimètres, contre 29 centimètres par le passé.

    L’aéroport national de Bunia sera classé 4C, selon les explications de Bari Boubacard, directeur technique de la société en charge des travaux, Mont Gabaon Construction. Une catégorie qui permet d’accueillir des appareils de plus grande capacité que par le passé.

    Reportage sur le chantier

    Envoyé spécial sur le site le 3 mars, Vérité Johnson a pu constater l’évolution concrète des travaux. Ce mardi-là marquait la clôture du marquage de la piste et du tarmac. Les lignes blanches fraîchement tracées contrastent avec l’étendue sombre du revêtement. Le travail a été réalisé par un peintre expert venu de Serbie.

    Il ne reste plus, pour la piste et le tarmac, que l’étape du nettoyage avant la suite des opérations.

    Sur le terrain, les ouvriers s’activent encore autour des équipements. L’un des chefs d’équipe, rencontré en plein travail, ne cache pas sa satisfaction. « C’est une fierté pour moi de faire partie de ceux qui construisent cet aéroport », confie-t-il, avant d’assurer que les travaux avancent bien.

    Sarah Mugisa, chargée de communication de Mont Gabaon, confirme cette dynamique. « Les travaux évoluent très bien. Nous sommes en train de bien avancer », indique-t-elle. En un mot, pour elle, l’impact de ce futur aéroport se résume à une idée forte : ouverture.

    Un levier stratégique pour l’Ituri

    Dans une province où le trafic aérien reste exploité par un nombre réduit de compagnies, l’aboutissement de ces travaux est perçu par de nombreux habitants comme un espoir de désenclavement. L’aviation facilite la mobilité rapide, améliore la coordination humanitaire et renforce la présence de l’État.

    Travaux en cours à l’aéroport de Bunia. ■ Fabrice Kamulete

    L’aéroport apparaît ainsi comme un outil stratégique pour la stabilité et comme un levier économique régional. Il pourrait élargir les perspectives commerciales, attirer davantage d’opérateurs et repositionner Bunia sur la carte nationale et internationale.

    Les travaux ont été lancés le 7 juin 2022 par Nicolas Kazadi, alors ministre des Finances, Guy Loando Mboyo, ministre d’État en charge de l’Aménagement du territoire, et Chérubin Okende, ministre des Transports et des Voies de communication. Ils sont réalisés par Mont Gabaon Construction, présentée comme une entreprise congolaise multisectorielle spécialisée dans les grands travaux, notamment les routes, les ponts et les aéroports, ainsi que dans la construction de bâtiments résidentiels, commerciaux et industriels.

    Du passé au futur

    Datant de 1954, Bunia s’apprête à se doter d’un aéroport aux normes adaptées aux exigences actuelles. Pour beaucoup, voir ce projet aboutir constitue un souhait ancien.

    Sur les réseaux sociaux, les images de l’évolution du chantier circulent largement. Les réactions sont nombreuses, souvent positives. Entre fierté locale et attente impatiente, l’idée d’un aéroport moderne, construit par une entreprise congolaise, suscite un sentiment d’appropriation.

    Au-delà du béton et du marquage au sol, c’est une projection vers l’avenir qui se dessine. Bunia s’agrandit. L’aéroport devient un outil clé, nécessaire à son développement.

    Ituri autrement. Dans une province longtemps meurtrie, ce chantier symbolise une volonté d’ouverture. Une manière pour l’Ituri de regarder plus loin, plus haut, et de s’inscrire dans une nouvelle dynamique.

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