La situation sécuritaire et humanitaire en Ituri reste « préoccupante », malgré des opérations militaires ciblées. C’est le constat dressé par la Société Civile Forces Vives de l’Ituri à l’issue d’une mission de restitution tenue à Bunia le 25 septembre 2025, faisant suite aux plaidoyers menés auprès des autorités à Kinshasa.
Le procès-verbal de la réunion, dont la rédaction de buniaactualite.cd a pu prendre connaissance, soulève plusieurs points d’inquiétude majeurs, notamment l’insécurité persistante, les défis liés au Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS), et une crise humanitaire aigüe.
Succès militaires contrastés et stigmatisation
Les opérations militaires menées par l’armée dans les régions de Lopa, Gina, Nyapala, Iga-Barrière, Nizi, Likida et Mabanga ont, un temps, « suscité l’espoir de rétablir la quiétude », selon la Société Civile. Les autorités militaires seraient également au courant des exactions commises en Ituri et auraient promis d’œuvrer au rétablissement complet de la paix.
Cependant, la persistance de l’insécurité et la « stigmatisation » de la jeunesse demeurent des obstacles majeurs. Le document déplore que le P-DDRCS n’ait pas pris en charge plus de 1200 démobilisés et autodéfenses qui ont déposé les armes depuis janvier 2025. Cette « attitude de certains militaires » favoriserait, selon la Société Civile, l’affaiblissement de la rédaction civilo-militaire.
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Dans un autre registre, le PV mentionne que l’activité d’exploitation artisanale de l’or, principale source de financement des groupes armés, serait conditionnée par l’achat d’un « jeton d’une durée de sept jours renouvelables ». La Société Civile salue néanmoins le déploiement militaire en ville de Bunia pour dissuader les miliciens.
Crise du P-DDRCS et conséquences humanitaires
Le Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS) est au cœur des « critiques » par la société civile. La légèreté observée dans l’accompagnement des démobilisés est pointée du doigt. Sur plus de 1200 ex-miliciens, seuls environ 180 ex-combattants auraient reçu des kits de réinsertion sans aucun encadrement, contredisant l’esprit même du P-DDRCS.
La Société Civile estime que ces ex-combattants devraient être soumis à un « encadrement psychologique » avant d’embrasser une nouvelle activité. Elle s’interroge : « Un Honorable travaillera-t-il seul sans P-DDRCS, structure censée prendre le devant de voir l’Honorable travailler seul sans armes ? P-DDRCS n’est-il pas incapable de processus. Où sont gardées ces armes ? »
Par ailleurs, le document fait état de la grogne de la population de Chunga contre la Société Mont Gabon au sujet de l’indemnisation des habitants de l’Aéroport de Murongo.
Sur le plan humanitaire, la situation est qualifiée de « préoccupation majeure ». La majorité des personnes déplacées à Djugu ne sont pas assistées quotidiennement par le Gouvernement congolais ni par les organisations humanitaires, exposant particulièrement les femmes, les enfants et les personnes âgées.
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Recommandations clés
À l’issue de la réunion, plusieurs recommandations ont été adressées aux autorités :
Gouvernement Central : Porter une attention particulière à la situation en Ituri et dépêcher le Ministre des Affaires Humanitaires pour s’imprégner de la situation des déplacés.
Sécurité : Intensifier la traque contre tous les groupes armés actifs tout en assurant la distinction avec la population civile.
Infrastructures : Mettre en place un comité de suivi pour les travaux d’infrastructures et permettre à la Société Mont Gabon de rétablir la population de Chunga dans leurs droits.
P-DDRCS : Redynamiser la structure du P-DDRCS au niveau provincial et allouer un budget conséquent.
Ex-combattants : Assurer un bon accompagnement des ex-combattants pour endiguer le phénomène des groupes armés.
Ces alertes de la Société Civile Forces Vives de l’Ituri mettent la pression sur le gouvernement et ses partenaires pour une révision urgente des stratégies sécuritaires et de l’approche du P-DDRCS afin de rétablir durablement la paix et l’aide aux populations affectées.
Rédaction

