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    Un nouveau chapitre s’ouvre pour les victimes des conflits armés en Ituri. Le Fonds au profit des victimes de la Cour pénale internationale (CPI) a officiellement remis le lundi 14 juillet 2025 une salle communautaire dédiée à la paix à la population de Tsere.

    Cette remise de la salle de la paix s’inscrit dans le cadre des réparations collectives symboliques liées aux affaires Le Procureur contre Thomas Lubanga Dyilo et Le Procureur contre Bosco Ntaganda.

    La cérémonie s’est tenue en présence du gouverneur militaire de la province, le lieutenant-général Luboya N’kasama Johnny, qui a personnellement procédé à la coupure du ruban.

    Sur place, plusieurs personnes dont des autorités locales, de représentants des victimes, de leaders communautaires et de citoyens curieux se sont rassemblées pour marquer ce moment empreint de mémoire, de justice et d’engagement collectif.

    Un symbole de justice et de reconstruction

    La construction de cette infrastructure s’inscrit dans une démarche de réparation communautaire voulue par la CPI. À travers ce geste, la Cour affirme que « la justice ne s’arrête pas aux procès. Elle se manifeste aussi par la restauration de la dignité et l’accompagnement des communautés dans la reconstruction de leur avenir », a rappelé le gouverneur Luboya.

    Pour Kizita Fogwe, gestionnaire de programme du Fonds au profit des victimes en RDC, cette salle est un lieu de mémoire mais surtout un outil pour l’avenir : « La réintégration des anciens enfants soldats, les réparations aux victimes des attaques, la reconstruction du tissu social ne seront possibles que si nous reconnaissons ensemble que ces crimes ont laissé des blessures durables, non seulement sur les individus, mais sur toute la communauté ».

    La salle, remise à la communauté de Tsere, servira à des activités d’éducation à la paix, de dialogue, de sensibilisation et de cohésion sociale.

    Un comité mixte composé de victimes et de membres de la communauté se chargera de la gestion de cette salle de la paix, garantissant ainsi une gouvernance inclusive et durable.

    Un hommage aux victimes et une condamnation claire

    Ce 14 juillet, c’est aussi une date de mémoire. Celle de l’espoir retrouvé pour des familles déchirées par les violences de 2002-2003. Des crimes pour lesquels Thomas Lubanga a été condamné à 14 ans de prison en 2012 pour l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans dans les Forces patriotiques pour la libération du Congo, et Bosco Ntaganda à 30 ans en 2019 pour 18 chefs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

    Le général Luboya a exprimé sa tristesse de constater que Thomas Lubanga, malgré sa condamnation, est à l’origine d’un nouveau groupe armé actif dans la région. « Un peuple qui oublie son histoire est condamné à la revivre », a-t-il lancé avec gravité, qualifiant Lubanga de « criminel récidiviste ».

    Une justice vivante, tournée vers l’avenir

    L’infrastructure remise aujourd’hui s’ajoute à celles prévues dans d’autres localités de l’Ituri, notamment Mahagi, Katoto et Tchomia, dans le cadre du plan de réparations lancé en 2021. Les travaux ont été réalisés par le consortium AMAB et ODH.

    Au cours de la cérémonie, des écoliers ont déclamé des poèmes vibrants sur la paix et les droits des enfants, suscitant une forte émotion dans l’assemblée. La représentante des victimes a salué « un nouveau départ, un lieu où les jeunes peuvent guérir, apprendre, se reconstruire ».

    Même sentiment du côté du chef du groupement Tsere, Batagura Mugenyi Zamundu, à qui la clé du bâtiment ainsi qu’une vache symbolique ont été remis au nom de la communauté.

    Cette salle n’est pas un simple bâtiment. C’est un message : celui que les victimes ne sont pas oubliées. Qu’il est encore possible de panser les blessures, de transmettre la mémoire, et de bâtir un avenir pacifique, même après les pires atrocités.

    La cérémonie de Tsere aura été, à bien des égards, un moment de reconnaissance, de solidarité et surtout, de promesse d’un avenir où les enfants ne seront plus jamais utilisés comme armes de guerre.

    Rédaction

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