Le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby, est rentré à Bunia mardi 3 novembre 2026, après huit jours de mission officielle à Kinshasa. Dans les déclarations diffusées à son retour par sa cellule de communication, il évoque des consultations institutionnelles consacrées à la paix, sans mentionner les nouvelles pertes humaines enregistrées pendant son absence dans cette province confrontée aux violences armées.
Parti de Bunia lundi 26 octobre, le chef de l’exécutif provincial affirme avoir présenté aux autorités nationales la situation générale de l’Ituri, ses défis et les priorités pour le rétablissement de la paix.
« J’ai présenté l’état des lieux de la province de l’Ituri, les défis auxquels nous faisons face et, surtout, les priorités actuelles pour le retour de la paix », a-t-il déclaré dans une interview réalisée par sa cellule de communication.
Le général-major Kasongo Mulumba assure avoir obtenu une écoute attentive de ses interlocuteurs et leur volonté de continuer à accompagner la province. Il affirme revenir avec une détermination renouvelée à poursuivre sa mission.
Cependant, cette communication ne précise ni les décisions prises à Kinshasa ni les dispositions envisagées face aux dernières attaques contre les populations civiles, particulièrement dans les territoires de Djugu et de Mambasa.
Djugu : de nouvelles victimes pendant son absence
Au moment du départ du gouverneur, le territoire de Djugu était déjà confronté à une recrudescence des attaques attribuées à la milice CODECO. Les violences du 25 octobre, sur le littoral du lac Albert, avaient fait plus d’une dizaine de morts selon les premiers bilans rapportés par Radio Okapi.
Entre le 26 octobre et le retour du gouverneur, plusieurs autres incidents ont été documentés.
Dans la nuit du 26 au 27 octobre, quinze maisons ont été incendiées lors d’incursions attribuées à la CODECO dans le groupement Bouku, en chefferie des Bahema-Nord. Des violences ont également été signalées dans les localités de Lodja et d’Otse, provoquant la fuite d’habitants et la perturbation des activités scolaires et commerciales.
Le 27 octobre, une personne âgée a été tuée et plusieurs autres blessées dans la région de Lala, près du village de Lotinga, lors d’une attaque également attribuée à la CODECO.
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Le lendemain, six corps ont été signalés dans les villages de Musekere, Muganga et Gobu. Ces dépouilles seraient liées aux attaques du 25 octobre, antérieures au départ du gouverneur. Elles ne constituent donc pas nécessairement des victimes supplémentaires des violences survenues pendant son séjour à Kinshasa.
Le 29 octobre, trois autres personnes ont été signalées tuées et six blessées, dont quatre grièvement, lors de nouvelles violences attribuées à la CODECO aux environs du site de déplacés de Plaine Savo, près de Bule. Ce bilan provisoire a été communiqué par la société civile des Bahema-Badjere.
Le même jour, une attaque distincte attribuée à la Convention pour la révolution populaire (CRP) contre une position des FARDC à Bule-centre a fait quatre morts, dont un militaire congolais et trois combattants du groupe armé, selon des sources sécuritaires citées par Radio Okapi.
Ces affrontements montrent que plusieurs groupes armés demeurent actifs dans cette partie de Djugu. Ils témoignent également de la poursuite d’opérations militaires, notamment après la riposte des FARDC contre la CRP.
Pendant l’absence du gouverneur, le député provincial Moïse Uzunga Wathum a effectué une mission sur le littoral du lac Albert. À son retour, il a indiqué que le bilan des attaques commencées le 22 octobre pourrait atteindre une trentaine de morts.
Cette estimation, rendue publique le 2 novembre et déjà rapportée par buniaactualite.cd, concerne une série d’attaques ayant débuté avant le départ du gouverneur. Elle ne peut donc pas être présentée comme le bilan des seules violences commises pendant son absence.
Mambasa : les alertes d’enlèvements persistent
Dans le territoire de Mambasa, la situation sécuritaire est également restée préoccupante.
Entre le 31 octobre et le 1er novembre, l’Association pour la protection et la défense des enfants et femmes vulnérables (APDEF) a signalé l’enlèvement présumé d’une dizaine de civils dans la chefferie des Babila-Bakwanza.
Selon cette organisation, six personnes auraient été enlevées dans le carré minier de Yolo et trois autres dans la localité de Masongo, tandis que d’autres enlèvements auraient été signalés près de Mbembese.
Ces informations n’avaient pas encore été confirmées officiellement au moment de leur publication.
Une évolution positive a néanmoins été enregistrée le 2 novembre, avec le retour dans leurs familles de près de 30 anciens otages des ADF à Mambasa. Certaines de ces personnes avaient réussi à s’échapper, tandis que d’autres avaient été relâchées par leurs ravisseurs. Les autorités territoriales ont salué leur retour et appelé la population à collaborer avec les services de sécurité.
Des consultations dont les résultats restent à préciser
Le retour du gouverneur intervient ainsi dans une province où les attentes sécuritaires demeurent importantes. À Djugu, les violences ont provoqué de nouveaux déplacements de familles, notamment vers le territoire voisin de Mahagi. À Mambasa, les alertes concernant les enlèvements continuent de susciter des inquiétudes.
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Les déclarations diffusées par la cellule de communication du gouverneur ne comportent pas de bilan humain consolidé des attaques récentes, de condamnation spécifique de ces violences ni de précisions sur les éventuelles mesures décidées à Kinshasa pour renforcer la protection des populations.
Cette absence d’informations dans la communication de retour ne signifie toutefois pas que les autorités provinciales ou militaires n’ont entrepris aucune action pendant cette période. Les opérations des FARDC signalées à Djugu et les efforts sécuritaires menés à Mambasa doivent être pris en compte.
Elle laisse néanmoins plusieurs questions sans réponse : quelles décisions ont été prises lors des consultations à Kinshasa ? Quelles mesures supplémentaires sont prévues dans les zones exposées aux attaques ? Et quel bilan les autorités retiennent-elles des violences récentes ?
Dans une province placée sous état de siège depuis mai 2021, où le gouverneur militaire exerce des responsabilités administratives et sécuritaires, la communication sur les mesures de protection des civils constitue un enjeu d’intérêt public.
Au-delà des assurances relatives à l’accompagnement de l’Ituri par les autorités nationales, les résultats de la mission de Kinshasa restent donc à préciser, particulièrement en ce qui concerne la sécurité des habitants de Djugu et de Mambasa.
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