Archives

    Le silence de la nuit a été brutalement brisé à Komanda, dans le territoire d’Irumu, en Ituri, province sous état de siège. Une attaque sanglante, attribuée aux présumés rebelles ADF, a ciblé des fidèles en prière et des habitants du quartier Bogi, plongeant le centre dans l’horreur. Dans ce drame, Pierre a survécu. 

    Sa voix tremble encore. Il était là, dans la salle où plusieurs chrétiens ont été exécutés. Son témoignage bouleversant lève le voile sur la cruauté de cette nuit infernale.

     « Ils sont venus pendant qu’on dormait. Il n’y avait presque pas moyen de se sauver… », confie-t-il à buniaactualite.cd

    Ce samedi soir, Pierre était rentré tôt. Vers 21 heures, il s’était installé dans la salle communément appelée PU, dans la concession de l’église catholique, où se tenait une croisade de prière. Il y avait là des femmes, des hommes, des jeunes, tous venus chercher un moment de foi et de paix.

    Mais quelques heures plus tard, les ténèbres ont pris un autre visage.

     « J’ai commencé à entendre les coups de feu. Au début, je pensais que c’était la panique parmi les jeunes du milieu. Mais quand j’ai entendu leur langue, j’ai compris… c’était les ennemis. »

    Dans un mouvement de survie instinctif, Pierre se glisse au coin de la salle, tire un matelas sur lui, et s’immobilise. « J’étais sous le matelas, j’observais tout ». Il retient son souffle, les oreilles tendues. Les assaillants, ont déjà envahi l’enceinte. Ils verrouillent la porte, puis commencent à choisir leurs cibles : qui exécuter, qui emporter !

    Il observe tout, impuissant, paralysé par la peur. « Je me disais que, quand leur regard tombera sur moi, ce serait fini ». Mais gloire à Dieu « ils ne m’ont pas vu. »

    Derrière le matelas, il voit et entend les cris, les supplications. Il sait qu’il ne peut rien faire. S’enfuir, c’est mourir. Rester, c’est peut-être survivre. Il choisit l’immobilité. Pendant que dehors, l’enfer continue.

    Le lendemain matin, c’est le silence qui l’accueille. Un silence pesant, déchirant. Celui qui suit un massacre. Dans la cour, dans la salle, des corps. Des chrétiens tués en pleine prière. Des fidèles arrachés à la vie sans un mot. Des familles brisées.

    Le bilan est lourd. Plus de trente civils auraient été tués, selon des sources non officielles, un chiffre également confirmé par le Bureau territorial de la Convention pour le respect des droits de l’homme (CRDH). Parmi les victimes, des fidèles de la croisade et des habitants du quartier Bogi.

    À lire aussi : Nouveau massacre des civils en Ituri : des dizaines de morts à Komanda dans une attaque rebelle 

    Pierre, encore sous le choc, s’interroge. « Je ne comprends pas comment l’ennemi a pu atteindre le centre. D’où est-il venu ? Où était l’armée ? »

    Ce n’est pas la première fois que Komanda est ciblé. Carrefour stratégique de l’Ituri, la localité a déjà subit par le passé les affres d’un conflit qui n’en finit pas. Cette attaque relance les questions sur la sécurité des populations civiles, et sur la capacité de l’État à protéger ses citoyens, même dans les lieux de culte.

    En attendant des réponses, Pierre vit avec les images de cette nuit. Et avec la douleur d’avoir survécu là où tant d’autres sont tombés.

    Rédaction

    Leave A Reply

    error: Content is protected !!