Trois chauffeurs tués à Pimbo, des centaines de véhicules immobilisés sur la route nationale numéro 27 (RN27), des marchandises bloquées et un litre d’essence passé de 3 800 à 4 500 francs congolais dans certaines stations-service de Bunia. En moins de dix jours, les violences attribuées à la milice CODECO dans le territoire de Djugu ont provoqué une crise du transport dont les conséquences commencent à dépasser largement le secteur sécuritaire.
Dans une province également confrontée à l’épidémie d’Ebola, cette paralysie soulève des interrogations sur la vulnérabilité économique de l’Ituri et la réponse des autorités.
Tout commence le 13 octobre 2026, près de Pimbo, dans le secteur des Walendu Djatsi. Trois chauffeurs, de nationalités congolaise, kényane et somalienne, sont tués lors de violences attribuées à des éléments de l’URDPC/CODECO. Selon le chef de secteur Justin Gudza Kiza, ces meurtres seraient survenus en représailles après la découverte du corps d’un membre présumé de cette milice.
Les conséquences ne tardent pas. Après une reprise provisoire de la circulation sous escorte des FARDC et de la MONUSCO, les chauffeurs de poids lourds annoncent, le 16 octobre, la suspension de leurs activités sur la RN27. Ils réclament notamment des obsèques dignes pour leurs collègues, une assistance aux familles endeuillées, une enquête sur les meurtres et des garanties de sécurité.
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Le mouvement se prolonge. Plusieurs centaines de véhicules restent immobilisés, notamment à Fataki, Ngote et Mahagi. Des voyageurs se retrouvent bloqués, certains contraints de passer la nuit dans des conditions précaires, tandis que des marchandises destinées aux marchés de Bunia ne parviennent plus normalement à destination.
La portée de cette crise tient précisément au rôle économique de la RN27. Cet axe relie Bunia à plusieurs centres commerciaux du nord de l’Ituri et participe aux échanges avec l’Ouganda. Lorsqu’il devient dangereux ou difficilement accessible, les conséquences ne se limitent pas aux localités directement touchées par les violences.
À Bunia, les premiers signaux économiques sont désormais visibles. Jeudi 22 octobre, Buniaactualite.cd a rapporté une augmentation du prix du litre d’essence de 3 800 à 4 500 francs congolais dans certaines stations-service, soit une hausse d’environ 18,4 %.
Cette augmentation intervient pendant la grève des transporteurs. Toutefois, aucun élément suffisamment documenté ne permet encore d’établir que la suspension du trafic sur la RN27 en constitue l’unique cause. Les niveaux de stocks, les circuits d’approvisionnement et les décisions des opérateurs pétroliers restent à vérifier.
Le rapprochement entre ces événements révèle néanmoins une vulnérabilité : lorsque les déplacements des marchandises deviennent incertains, l’approvisionnement des centres de consommation peut rapidement subir des tensions.
Le risque dépasse le seul carburant. Une augmentation durable de son prix pourrait renchérir le transport des personnes, l’acheminement des produits alimentaires et le fonctionnement de plusieurs activités économiques. Les ménages disposant de faibles revenus seraient particulièrement exposés à une hausse généralisée du coût de la vie.
Radio Okapi rapportait d’ailleurs, le 22 octobre, des augmentations de prix de certaines denrées sur les marchés, tandis que la société civile de Ngote redoutait une détérioration de la situation humanitaire. L’ampleur exacte de ces hausses reste cependant à mesurer.
Autre élément important : la RN27 n’est pas le seul axe confronté à des difficultés. Le 12 octobre, des transporteurs avaient également suspendu leurs activités sur la route Bunia-Kasenyi pour dénoncer son mauvais état. Des travaux d’urgence y ont ensuite été entrepris. Cette situation montre que les difficultés d’approvisionnement résultent aussi de la fragilité des infrastructures routières, indépendamment des violences armées.
La crise intervient, par ailleurs, dans un contexte sanitaire particulièrement préoccupant. L’Ituri demeure la province la plus touchée par la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC. La riposte exige des déplacements réguliers de personnel, le transport de matériel médical et l’accès aux communautés affectées.
Le 20 octobre, Buniaactualite.cd rapportait déjà l’immobilisation, dans un bourbier de la zone de santé de Mangala, d’un véhicule d’une équipe chargée des enterrements dignes et sécurisés, transportant deux dépouilles. Cet incident, sans lien établi avec la grève sur la RN27, illustre les contraintes logistiques auxquelles les équipes sanitaires sont confrontées.
Une perturbation prolongée des principaux axes d’approvisionnement pourrait accroître ces difficultés, notamment si elle affectait la disponibilité du carburant ou le transport des équipements médicaux. À ce stade, aucune rupture d’approvisionnement de la riposte Ebola directement imputable à la grève n’est toutefois documentée.
Cette accumulation de risques donne une dimension supplémentaire à la crise : la sécurisation des routes ne concerne pas uniquement les transporteurs et les commerçants. Elle participe aussi à la continuité des services essentiels, particulièrement pendant une urgence sanitaire.
Reste la réponse des autorités provinciales.
Le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo Mulumba Batoka, avait rappelé, dans un communiqué daté du 15 octobre, l’interdiction du port et de la détention illégale d’armes. Il y réaffirmait également la priorité accordée à la protection des personnes et des biens.
Cette communication ne détaillait cependant pas les mesures spécifiques envisagées pour résoudre la crise des transporteurs. Dans les informations publiques consultées jusqu’au 22 octobre, aucun plan provincial détaillé de sortie de crise répondant à l’ensemble des revendications des chauffeurs n’a été identifié.
Cela ne signifie pas que les services de sécurité sont demeurés inactifs. L’escorte de plus de 200 véhicules organisée au lendemain des violences, avec l’appui des FARDC et de la MONUSCO, témoigne d’une intervention concrète. Elle n’a toutefois pas suffi à rétablir durablement la confiance des transporteurs.
La question dépasse désormais la seule présence de militaires sur un tronçon routier. Elle concerne la capacité des autorités à apporter des garanties de sécurité crédibles, à faire progresser les enquêtes sur les meurtres et à engager un dialogue susceptible de permettre la reprise du trafic.
L’administration provinciale est également attendue sur la coordination des réponses économiques et humanitaires. Une meilleure information publique sur la situation des véhicules bloqués, les dispositions d’assistance aux voyageurs et les mesures envisagées pour protéger les approvisionnements permettrait d’apprécier plus concrètement la gestion de cette crise.
Les violences attribuées à la CODECO constituent le déclencheur de cette nouvelle paralysie. Mais il faut distinguer les meurtres présumés commis par ses membres de la décision des chauffeurs de suspendre leurs activités pour réclamer leur sécurité. Cette distinction n’atténue pas la gravité des attaques ; elle permet de comprendre comment un événement sécuritaire se transforme en perturbation économique.
L’enjeu dépasse désormais la réouverture ponctuelle de la RN27. Il s’agit de savoir si les autorités peuvent garantir durablement la circulation des personnes et des marchandises sur un axe indispensable à la vie quotidienne.
À mesure que la grève se prolonge, les conséquences ne se mesurent plus seulement au nombre de camions immobilisés, mais aussi aux marchandises non livrées, aux dépenses supplémentaires des voyageurs et aux risques pesant sur le pouvoir d’achat.
En Ituri, la crise de la RN27 rappelle ainsi qu’une route exposée aux violences peut devenir un point de vulnérabilité pour l’ensemble d’une économie provinciale. La réponse apportée aux transporteurs sera aussi un indicateur de la capacité des pouvoirs publics à empêcher qu’une nouvelle attaque meurtrière ne se transforme en crise sociale plus profonde.
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