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    Dans le territoire de Mambasa, au cœur de la province de l’Ituri, les rebelles ADF ne se contentent plus d’attaquer ou d’enlever des civils. Depuis plusieurs mois, ils ont mis en place une administration parallèle, imposant des taxes aux agriculteurs qui veulent accéder à leurs champs. Une pratique inquiétante, qui sape lentement le tissu économique de cette région essentiellement agricole.

    Tout a commencé en février 2025, dans la chefferie de Babila-Bakwanza. Selon plusieurs témoins, ces rebelles conditionnent désormais l’accès aux champs par le paiement d’un jeton : une sorte de reçu informel dont le montant varie selon la taille du champ.

     « Les propriétaires d’un hectare de cacao doivent payer jusqu’à 25 dollars », rapporte Jospin Mbogha Paluku, de la Nouvelle société civile de Mambasa.

    L’activiste tire la sonnette d’alarme : « L’ADF s’adonne désormais à la sensibilisation pour pousser la population à payer cette taxe et à adopter leur idéologie. Ils interdisent les mèches, exigent le port du hidjab pour les femmes, et proscrivent l’élevage des porcs. » Une route vers leur religion.

    Une emprise religieuse et économique inquiétante

    Ces pratiques rappellent celles d’un pouvoir parallèle. À Mayuwano, Makoko ou Salikoda, les habitants affirment que les ADF circulent librement, prêchant leur doctrine tout en collectant ces “impôts” illégaux.

     « Ils sont installés dans le champ d’un certain Musubao. Ils récoltent même sa culture », dénonce Asumani Tito Alain, chef de la chefferie de Mambasa, qui ajoute que la situation a déjà été signalée aux autorités, sans résultat concret.

    Dans certains cas, les rebelles déposent carrément leurs jetons dans des rivières ou des champs, accompagnés de lettres exigeant le paiement dans un délai précis. « Ils avaient laissé un lot de jetons dans une rivière. Les agriculteurs me les ont ramenés. La lettre disait qu’ils viendraient récupérer l’argent deux mois plus tard », confie un chef local, encore abasourdi par l’audace de ces “percepteurs de guerre”.

    Les cultivateurs pris en étau

    Billet d’accès aux champs dans certains coins de Mambasa. ■ Photos obtenues par buniaactualite.cd des sources locales.

    Pour les habitants, la situation devient insoutenable. Ils doivent payer non seulement les redevances coutumières, mais aussi les taxes imposées par les ADF, voire par certains groupes d’autodéfense Wazalendo.

    « On ne comprend plus rien », s’indigne Asani Simbo, chef du groupement Babila-Bakwanza. « Les ADF exigent leur argent, les autorités demandent aussi des taxes. C’est la population qui souffre. »

    Marie-Noëlle Anotane, coordonnatrice de la Société Civile du Congo à Mambasa, s’inquiète de l’impact socioéconomique de cette situation. « Cela n’honore pas notre pays. Les gens paient aux rebelles et à l’État en même temps. »

    Les autorités promettent une riposte

    Contacté par buniaactualite.cd, le commissaire supérieur principal Jean-Baptiste Muyapandi, administrateur du territoire de Mambasa, reconnaît la gravité de la situation. Selon lui, il s’agit d’éléments ADF en errance, échappés des opérations militaires conjointes FARDC–UPDF.

     « Ils se replient dans les zones reculées pour se ravitailler et gagner la confiance de certains habitants », explique-t-il.

    Il assure que les services de sécurité travaillent sur de nouvelles stratégies pour neutraliser ces groupes. « Nous ne baisserons pas les bras. L’armée est déjà à pied d’œuvre pour les empêcher de revenir dans les zones où ils ont distribué leurs jetons. »

    Une économie locale sous pression

    Mambasa, l’un des plus grands territoires de l’Ituri, vit principalement de l’agriculture et de l’exploitation forestière. Mais la peur, les taxes illégales et les incursions armées ont fragilisé ce poumon économique. Les marchés pas assez ravitailler, la production chute, et l’accès aux champs devient un risque quotidien.

    Dans un territoire où chaque sac de cacao ou de maïs représente la survie d’une famille, la mainmise de ces rebelles étrangers réveille un sentiment d’indignation mais aussi d’espoir : celui de voir l’État reprendre toute sa place. Entre peur, fatigue et patriotisme discret, la population attend des autorités une réponse ferme pour que les champs redeviennent enfin ce qu’ils ont toujours été : un espace de travail, et non de rançon.

    Verite Johnson, à Mambasa

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