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    L’assistance alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM) aux déplacés du site de Savo, dans le territoire de Djugu, apporte un soulagement immédiat à des milliers de familles. Mais derrière cette distribution de vivres se cache une crise humanitaire beaucoup plus profonde, révélatrice de l’épuisement progressif des mécanismes de survie dans l’Ituri.

    Avec plus de 73 000 déplacés recensés aujourd’hui contre environ 21 000 en juillet 2024, le site de Savo illustre l’aggravation continue de la crise sécuritaire dans le territoire de Djugu. Cette augmentation spectaculaire de la population déplacée en moins d’une année montre que les violences armées continuent de vider les villages et de pousser les civils vers des zones supposées plus sûres.

    L’aide alimentaire distribuée par le PAM, 625 tonnes de vivres, intervient après près de six mois sans assistance régulière. Les populations déplacées ont vécu durant plusieurs mois dans une précarité extrême, sans ressources stables, sans accès normal aux champs et avec des capacités communautaires totalement saturées.

    Le témoignage des déplacés est particulièrement révélateur.  Les gens ne parlent plus seulement de pauvreté ou de difficultés, mais directement de faim et de décès liés à l’absence de nourriture.

    La crise humanitaire à Savo n’est plus une crise ponctuelle. Elle devient une crise structurelle.

    Dormir à la belle étoile, manquer d’eau potable, vivre sans soins médicaux suffisants, voir des enfants exposés à la malnutrition, ces éléments traduisent un effondrement des conditions minimales de dignité humaine. Des sources humanitaires évoquent entre deux et cinq décès par jour sur le site.

    L’autre réalité souvent sous-estimée concerne le lien direct entre sécurité et survie économique.

    Les déplacés expliquent qu’ils ne peuvent plus accéder à leurs champs à cause des opérations militaires et de l’insécurité persistante. Dans les zones rurales de l’Ituri, l’agriculture constitue le principal mécanisme de survie. Quand l’accès aux terres disparaît, les familles deviennent entièrement dépendantes de l’aide humanitaire. Des déplacés sont parfois attaqués par des groupes armés.

    L’assistance humanitaire soulage, mais elle ne remplace pas une économie locale détruite par la guerre.

    Le coordonnateur humanitaire Bruno Lemarquis insiste d’ailleurs sur un point essentiel, « sans retour de la paix, aucune solution durable ne sera possible ».

    Depuis plusieurs années, l’Ituri fonctionne dans une logique d’urgence permanente, déplacements massifs, interventions humanitaires, distributions ponctuelles, nouvelles attaques, nouveaux déplacements.

    Ce cycle produit une dépendance chronique à l’aide extérieure sans véritable stabilisation durable des territoires.

    Le cas de Savo montre aussi les limites actuelles de la réponse internationale. Même avec l’intervention du PAM, du HCR ou de Médecins sans frontières, les besoins restent largement supérieurs aux moyens disponibles. Cela traduit un essoufflement progressif du financement humanitaire mondial, alors que les crises se multiplient simultanément dans plusieurs régions du monde.

    Tant que les populations resteront coincées entre groupes armés, opérations militaires et impossibilité de retourner exploiter leurs terres, les camps de déplacés continueront de grossir.

    Et plus ces sites deviennent permanents, plus le risque est grand de voir émerger une génération entière vivant dans la dépendance humanitaire, la déscolarisation et la vulnérabilité sociale permanente.

     

    Rédaction

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