À Mandro, chef-lieu de la chefferie des Bahema Banywagi en territoire de Djugu, le climat a changé. Là où régnaient autrefois la peur et l’incertitude, s’installe aujourd’hui une accalmie palpable. Dans cette entité située à une dizaine de kilomètres au nord de Bunia, les habitants témoignent d’un quotidien apaisé, marqué par la reprise des activités et une cohabitation jugée sereine avec les forces de sécurité.
Dans le village Kavalega, à Mandro, les paroles des habitants traduisent ce sentiment de stabilité retrouvée.
Habitant du village, Asimwe résume la situation sans détour :
« nous vivons très bien ici. Depuis qu’on a augmenté le nombre de militaires, on est calme. La relation civilo militaire marche bien. »
Un constat partagé par Furaha Esther, également habitante de Kavalega :
« il y a la paix ici. La sécurité est au rendez-vous aussi. Nous vivons bien avec les militaires. »
Mais cette accalmie s’accompagne aussi d’une vigilance assumée par la population. Un autre habitant insiste clairement :
« Nous ne voulons pas de la CRP ici à Mandro ».
Dans le secteur éducatif, la stabilité permet la continuité des cours. Lobo Étienne, directeur de l’école primaire catholique Saint Luc Mandro, confirme que les activités scolaires se déroulent normalement. Plus de 800 élèves fréquentent cet établissement. Toutefois, il signale des préoccupations chez les enseignants, notamment liées à deux mois de salaires impayés. Malgré cela, il souligne que le calme règne dans la zone.
Sur le plan pastoral, les signes de normalisation sont également visibles. À Veru, Bamunoba Jiro, chef du village, rencontré près des pâturages, observe le retour progressif du bétail.
Après avoir déserté la zone à cause des violences des groupes armés, les vaches réintègrent désormais les espaces de pâturage.
Deux sites, Tambaki et Luna, sont actuellement opérationnels et accueillent plusieurs éleveurs. Une reprise qui symbolise le retour de la confiance. Le chef du groupement Tambaki se montre ferme face à toute menace : aucun groupe armé n’est toléré.
« L’enfant ne peut taper la poitrine devant son père », conseille Tibamwenda Tambaki.
Pour prévenir toute infiltration, les autorités locales ont renforcé les mécanismes de contrôle. Toute nouvelle personne doit être identifiée, en passant par le chef des dix maisons jusqu’au niveau du groupement. Une organisation communautaire qui contribue à maintenir la sécurité.
Sur le plan économique, la vie reprend. L’agriculture et l’élevage, principales activités de la chefferie, se déroulent normalement. Les habitants accèdent à leurs champs, tandis que d’autres relancent de petites activités génératrices de revenus. Au marché, l’ambiance est revenue, avec des activités qui se prolongent parfois jusqu’en soirée.
Dans l’ensemble, Mandro apparaît aujourd’hui comme l’une des rares chefferies relativement calmes du territoire de Djugu. Les habitants circulent librement, et les activités se poursuivent même tard dans la nuit. Une situation rendue possible notamment grâce à la présence des éléments des FARDC.
Depuis novembre 2025, la zone est sécurisée par des militaires du bataillon Tigre. Leur déploiement semble avoir contribué à réduire significativement l’insécurité, comme cela a également été observé à Bunia. Une partie de ce bataillon est basée à Mandro, l’autre dans la ville voisine.
Les autorités coutumières, elles aussi, jouent un rôle clé. Kahwa Panda Mandro, chef de la chefferie, s’inscrit dans une dynamique de paix durable. Il mise notamment sur l’emploi des jeunes pour consolider la stabilité, à travers des initiatives visant la création de centres de formation. Une vision qui bénéficie de l’accompagnement du gouverneur de l’Ituri, le lieutenant-général Luboya N’kashama.
Dans cette zone de santé de référence qui compte plus de 26 000 habitants, dont 11 307 déplacés, les services essentiels fonctionnent. Au moins cinq écoles sont opérationnelles et les structures sanitaires continuent de servir la population.
Le niveau de sécurité atteint inspire même une certaine confiance. Un chef de groupement va jusqu’à affirmer :
«:Je préfère dormir à Mandro que de le faire à Bunia».
Aujourd’hui, Mandro donne l’image d’une entité qui se reconstruit, pas à pas, après des années de violences. La restauration de l’autorité de l’État, dans le cadre de l’état de siège, semble porter des résultats visibles.
Entre reprise des activités socio-économiques, retour des éleveurs, fonctionnement des écoles et circulation libre des habitants, la localité renoue progressivement avec une vie normale. Une paix que les habitants comme les autorités veulent pérenniser à tout prix.
Verite Johnson à Mandro

