Le 10 octobre restera une date symbolique pour 28 jeunes femmes de Bunia. Après un mois de formation en couture auprès de Rachel Top Model, elles ont reçu leurs certificats de fin de formation, mais surtout présenté au public le fruit de leur apprentissage : des robes confectionnées de leurs propres mains. Une célébration du talent local qui porte aussi un message d’unité et une autre image de l’Ituri, au-delà des conflits.
Le public était réuni autour d’elles. Face aux invités, les jeunes femmes ont dévoilé leurs créations, exposant le travail accompli durant quatre semaines d’apprentissage. Les robes, soigneusement confectionnées, ont été accueillies par les applaudissements du public. Derrière chaque pièce présentée, il y avait des heures de pratique, des erreurs corrigées, des gestes répétés et une volonté commune d’aller jusqu’au bout.
Pour ces nouvelles diplômées, la cérémonie n’était donc pas seulement une remise de certificats. C’était aussi l’occasion de montrer qu’avec de l’encadrement, de la détermination et des possibilités d’apprentissage, des jeunes de l’Ituri peuvent développer des compétences et envisager leur avenir autrement.
De l’apprentissage à la création, 28 femmes prêtes à se lancer
À la tête de cette initiative, Rachel Zawadi Shabani, CEO de Rachel Top Model, n’a pas caché sa satisfaction. « C’est un sentiment de satisfaction. Commencer jusqu’à terminer. C’est une réussite », a-t-elle confié dans une interview exclusive accordée à Buniaactualite.cd.
Elles sont au total 28 à avoir achevé cette formation, exclusivement composée de femmes. Un constat qui suscite également une interrogation chez la responsable de la structure. « Je me demande si les hommes ne s’intéressent pas à la couture dame… mais nous souhaitons avoir des hommes », a-t-elle déclaré, ouvrant ainsi la porte à une plus grande participation masculine aux prochaines formations.
En un mois, ces jeunes femmes qui avaient déjà des notions basiques, ont appris à manier les outils de couture, à travailler les coupes, à soigner les finitions et à transformer progressivement une idée en vêtement. Au terme de cet apprentissage, elles ne repartent pas seulement avec un certificat : elles disposent de nouvelles compétences qu’elles pourront mettre à profit pour développer une activité génératrice de revenus.
Dans un contexte où l’accès à l’emploi demeure un défi pour de nombreux jeunes, la couture peut représenter une voie vers l’autonomie économique. Encore faut-il que ces compétences trouvent des débouchés, que les initiatives locales bénéficient d’un accompagnement et que les créations du terroir rencontrent leur public.
Au-delà des conflits, une autre image de l’Ituri
Pour Rachel Zawadi, l’enjeu dépasse le secteur de la mode. Il s’agit aussi de faire connaître une province dont l’image reste souvent associée à l’insécurité et aux violences.
« J’aimerais qu’on garde l’image de l’Ituri pas seulement quand on parle de la guerre, mais aussi pour ses talents. Il y a des talents, des hommes et femmes qui travaillent et qui veulent voir cette province avancer », a-t-elle plaidé.
Cet appel résonne particulièrement dans une province où la construction de la cohésion sociale demeure un défi. Mettre en lumière les talents locaux, encourager les initiatives des jeunes et créer des espaces où les compétences peuvent s’exprimer constituent autant de façons de rappeler que l’Ituri ne se résume ni à ses conflits ni à ses difficultés.
Les 28 participantes ont d’ailleurs partagé une expérience qui donne à leur formation une portée particulière. Au départ, elles ne se connaissaient pas. Au fil des séances, elles ont appris à travailler ensemble, à se prêter des ciseaux, à corriger leurs coutures et à recommencer lorsque le résultat n’était pas satisfaisant.
Dans cet atelier, le travail commun leur a permis de dépasser les différences qui auraient pu les éloigner. Leurs origines n’ont pas constitué le centre de leurs préoccupations : elles avaient un objectif commun, celui d’apprendre et de réussir.
La couture est ainsi devenue, au-delà du savoir-faire, une occasion de vivre ensemble. Une expérience qui rappelle que la cohésion se construit aussi dans les gestes quotidiens, lorsque des personnes décident de travailler côte à côte et de poursuivre un même objectif.
Soutenir les initiatives des jeunes pour faire grandir les talents
À l’issue de cette formation, Rachel Zawadi lance un appel aux autorités et aux autres acteurs capables d’accompagner les initiatives locales. Elle souhaite voir davantage de soutien accordé aux projets portés par les jeunes, afin de favoriser leur autonomie, de contribuer au développement de l’économie locale et de participer à la lutte contre le chômage.
Car former ne suffit pas toujours. Les jeunes créateurs ont également besoin de visibilité, d’opportunités professionnelles, d’un accès aux équipements et de clients prêts à valoriser leur travail.
Aux nouvelles créatrices de mode, la responsable adresse un message sans détour : oser, se faire connaître, fixer des prix qui respectent la valeur de leur travail, rester exigeantes envers elles-mêmes et généreuses envers leurs clients.
Des conseils qui les invitent à franchir une nouvelle étape : passer de l’apprentissage à la pratique professionnelle, faire connaître leurs réalisations et bâtir progressivement leur place dans l’univers de la mode.
Un fil, 28 parcours et un même rêve
Le 10 octobre 2026, à Bunia, 28 jeunes femmes ont célébré la fin d’une formation d’un mois. Mais cette cérémonie porte une ambition plus large que l’obtention d’un certificat : celle de voir émerger une génération de créatrices capables de vivre de leur savoir-faire et de contribuer au dynamisme de leur province.
Leur parcours rappelle qu’une compétence acquise peut ouvrir des perspectives individuelles, tandis qu’une expérience partagée peut renforcer les liens entre celles qui la vivent.
Dans une Ituri qui cherche à consolider son unité et sa cohésion, ces jeunes femmes donnent ainsi un sens particulier à leur métier. Elles ont appris à assembler des morceaux de tissu pour en faire des vêtements. Leur expérience montre aussi qu’il est possible de rapprocher des personnes qui ne se connaissaient pas, autour d’un travail et d’une ambition communs.
« Vous avez prouvé qu’un fil ne tient que lorsque qu’il réuni deux morceaux de tissus. Et la couture est au fond, l’art de rassembler c’est qui était séparé », un discours porté d’un sens profond, prononcé par Zawadi, cette jeune jeune fille modéliste, styliste qui transforme sa passion en source d’inspiration.
Le défi commence maintenant : transformer les acquis de cette formation en activités durables, faire connaître ces nouvelles créatrices et donner à leurs œuvres la place qu’elles méritent.
Verite Johnson

