Boga, à 120 kilomètres au sud de Bunia, donne aujourd’hui une image que beaucoup n’osaient plus espérer il y a encore quelques mois : celle d’une entité vivante, debout, animée par le quotidien ordinaire de ses habitants. Pendant trois jours passés sur place, une chose frappe immédiatement : la vie a repris son cours.
Située dans la chefferie des Bahema Boga, territoire d’Irumu, dans la province de l’Ituri, Boga respire une accalmie visible. Les activités socioéconomiques se déroulent normalement. Les écoles ouvrent leurs portes chaque matin. Les parents se rendent aux champs. Les marchés s’animent. Les rues ne sont plus désertes à la tombée de la nuit.
Une scène ordinaire devenue symbole
Le 28 janvier, il est 22 heures au centre de Kinyanjodjo. Dans un petit espace de cinéma, des dizaines de personnes : jeunes, adultes, vieillards, civils et même quelques militaires sont réunies autour d’un écran. Au programme : la dernière journée des phases de groupes de la Ligue des champions, avec 18 matchs disputés simultanément.
Les cris, les commentaires, les éclats de rire s’enchaînent. Les minutes passent. Minuit approche. Puis chacun se lève, sort calmement et regagne sa résidence. Sans panique. Sans course. Sans peur. Une scène banale ailleurs, mais lourde de sens ici. À Boga, cette simple soirée de football est une preuve d’accalmie.
« Il y a le calme ici », affirme le président des jeunes de la région, abordé par buniaactualite.cd. Une phrase courte, mais prononcée avec assurance.
L’école reprend, malgré tout
Sur le plan éducatif, plus de 20 écoles fonctionnent normalement à Boga centre. Cinq d’entre elles poursuivent les cours en déplacement, faute de la garantie sécuritaire dans leur zone datant. Les défis restent nombreux : déperdition scolaire, enfants sans parents, absence d’uniformes, précarité persistante.
Dans certaines écoles déplacées, les élèves étudient l’après-midi dans les salles d’autres établissements. Les enseignants font ce qu’ils peuvent, souvent avec très peu.
Le problème majeur reste l’insolvabilité de certains parents. Beaucoup sont revenus après les violences, mais n’ont pas encore reconstruit leurs moyens de subsistance. L’éducation avance, mais sur un fil.
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L’eau, une réalité à deux vitesses
À Boga, l’accès à l’eau dépend des moyens de chacun. Pour certains, les points d’eau sont proches. Pour d’autres, il faut marcher longtemps ou payer. À certains endroits, un bidon coûte 200 francs congolais pour avoir de l’eau à proximité. Ici, l’eau n’est pas absente, mais elle n’est pas encore équitablement accessible.
Le coût de la vie à Boga semble plus abordable pour quelqu’un venant de Bunia, mais il reste ajusté aux réalités locales. Un kilogramme de viande se vend autour de 14 000 FC.
Dans un petit restaurant de Kinyanjodjo, une vendeuse détaille les prix : Un plat de pâte (ugali) avec viande, c’est 4 000 FC. Avec du riz, c’est 5 000 FC.
La sécurité est perceptible. La présence des FARDC, de l’UPDF et les efforts conjoints avec la population ont contribué à ce calme observé depuis plusieurs mois. Aucun site officiel de déplacés n’est actuellement opérationnel à Boga.
Pourtant, les déplacés existent. Ils vivent dans des familles d’accueil. Beaucoup refusent catégoriquement de retourner dans des sites. Les souvenirs restent trop douloureux.
Les attaques meurtrières de mai 2021, où plus de 50 civils avaient été massacrés à Boga et Tchabi, hantent encore les esprits. «Personne ne veut revivre ça » , confie un journaliste local.
La société civile locale continue de sensibiliser la population à la vigilance. Si l’accalmie dure depuis plusieurs mois, un incident sécuritaire avait tout de même été signalé au début de l’année 2026. Depuis, le calme est revenu.
Boga, simplement vivante. Là-bas, l’entité se reconstruit lentement, humainement. Entre les champs cultivés, les classes pleines malgré tout, les soirées de football improvisées et les souvenirs encore lourds, l’entité se réapproprie son quotidien.
Verite Johnson, de retour de Boga

