14 avril 2026. Il est 12h à Bamande. Au premier regard, l’entité donne l’impression d’avoir retrouvé son rythme. Les élèves ont repris le chemin de l’école, les petits commerces fonctionnent de nouveau et les habitants circulent dans le centre de cette localité du territoire d’Irumu à Walese Vonkutu. Après des années marquées par les violences et les déplacements forcés, une grande partie de la population est revenue reconstruire sa vie.
Mais derrière cette reprise apparente, les difficultés restent nombreuses.
La majorité des habitants sont des retournés. Revenus progressivement entre 2023 et 2024, ils tentent de repartir de zéro dans un environnement où les moyens de subsistance demeurent extrêmement limités. L’accès aux soins de santé reste difficile pour de nombreuses familles, l’eau potable est insuffisante et les opportunités économiques sont rares.
À ces défis s’ajoute une préoccupation qui revient dans toutes les conversations : la sécurité.
« Ça va quand même bien ici. Ceux qui étaient en fuite sont de retour », explique le directeur d’une école de Bamande. Selon lui, la population a retrouvé une certaine stabilité, mais les besoins restent immenses. Il cite notamment le renforcement de la sécurité, l’augmentation des effectifs militaires, l’assistance aux retournés ainsi que l’amélioration de l’accès à l’eau comme des priorités.
Pour de nombreux ménages, la véritable bataille se joue pourtant dans les champs.
Les terres agricoles, principale source de revenus de la population, ne sont plus librement accessibles. Là-bas, des combattants des ADF imposeraient des taxes pour laisser passer les agriculteurs.
Jeannette connaît cette réalité mieux que quiconque. Cette mère de huit enfants raconte avoir fui Bamande en 2022 vers Mambasa avant de revenir. Pourtant, son principal champ se trouve à Karatuma.
« Nous n’accédons pas à nos champs par peur. Pour y arriver, il faut payer. Quand on n’a pas d’argent, on ne peut pas accéder », confie-t-elle.
Selon son témoignage, les exigences commencent quelques kilomètres après l’entrée de la zone contrôlée par les rebelles.
« À partir d’environ trois kilomètres, ils nous imposent une taxe. Cela commence à dix dollars. Bien sûr que nous avons peur. »
Une somme considérable pour des familles qui vivent essentiellement de l’agriculture.
Faute de pouvoir exploiter leurs terres régulièrement, beaucoup cherchent d’autres moyens de survivre.
« Moi, je confectionne des balais que je vends ensuite », raconte Jeannette.
Cette stratégie de débrouille est devenue le quotidien de nombreuses familles revenues dans la localité sans retrouver les conditions d’une véritable relance économique.
Face à cette situation, plusieurs organisations humanitaires poursuivent leurs interventions.
À Bamande, comme à Mangusu et dans d’autres localités de l’Ituri, le consortium composé de Save the Children, Medair et International Medical Corps met en œuvre le projet Tumaini 2 (Espoir).
Ce programme couvre plusieurs zones de santé, notamment Fataki, Lita, Komanda (où se situe Bamande), Nizi, Tchomia et Mandima. Son objectif est de réduire la morbidité et la mortalité des populations touchées par les crises grâce à une approche intégrée associant santé, nutrition, eau, hygiène, assainissement et protection. Le projet prévoit d’atteindre plus de 222 500 bénéficiaires directs et près de 315 000 bénéficiaires indirects.
À Bamande, cet appui se traduit notamment par une prise en charge qui permet à de nombreuses familles de consulter au centre de santé sans que le coût des soins ne constitue un obstacle supplémentaire.
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Cette assistance soulage une partie des besoins les plus urgents. Mais elle ne suffit pas à effacer les difficultés quotidiennes des retournés.
Car si les écoles ont rouvert, si les marchés retrouvent progressivement leurs clients et si les habitants réinvestissent leurs maisons, beaucoup estiment que le véritable retour à la normale passera avant tout par une sécurité durable. Tant que les cultivateurs devront payer pour accéder à leurs propres champs ou renoncer à les exploiter par crainte des violences, la reconstruction de Bamande restera inachevée.
Verite Johnson à Bamande

