Dans l’est de la République démocratique du Congo, l’insécurité continue de bouleverser la vie des communautés. Dans la chefferie des Bahema Boga, territoire d’Irumu en Ituri, l’école primaire Nyabakala vit cette réalité depuis plusieurs années. L’établissement ne fonctionne plus dans son village d’origine. Depuis le 2 avril 2021, il est installé en déplacement à Boga, à plus de quarante kilomètres de Nyabakala, à cause des menaces attribuées aux combattants ADF dans la région.
Son directeur, Asimwe Roger, raconte une école qui tente de survivre loin de ses racines. Avant la crise sécuritaire, l’établissement accueillait plus de 400 élèves. Aujourd’hui, ils sont 345 enfants à poursuivre les cours malgré les conditions difficiles.
Le système d’enseignement a dû être adapté. L’école fonctionne désormais en cascade, un mode d’organisation où plusieurs groupes d’élèves se relaient faute d’espace et de moyens suffisants. Les cours se déroulent essentiellement dans l’après-midi, une situation qui pèse particulièrement sur les plus jeunes. Nombreux n’ont même pas d’uniformes scolaires.
À ces difficultés s’ajoute un autre défi : le manque de matériel pédagogique. L’établissement ne dispose presque pas de manuels scolaires ni de supports didactiques pour faciliter l’apprentissage.
Malgré ces obstacles, les enfants continuent de venir à l’école. Parmi eux, une élève inscrite à Nyabakala mais scolarisée aujourd’hui à Boga en déplacement lance un appel simple :
« Nous voulons la paix pour retourner chez nous. »
Le directeur partage ce même souhait. Pour lui, le retour dans le village d’origine dépend avant tout du rétablissement de la sécurité. Selon ses explications, cela passerait notamment par un renforcement de la présence militaire dans la zone.
Certaines familles ont déjà tenté de retourner à Nyabakala. Mais la situation reste fragile. Plusieurs parents choisissent de rentrer au village tout en laissant leurs enfants poursuivre les études à Boga ou dans d’autres localités plus sûres.
Aujourd’hui, aucune école ne fonctionne à Nyabakala. L’école primaire Nyabakala reste la seule structure scolaire du milieu, mais elle est elle-même contrainte de fonctionner loin de son territoire.
Face à cette situation, le directeur formule plusieurs demandes : le retour durable de la paix, la sécurisation de la zone et, en attendant, la construction d’un bâtiment scolaire à Boga pour accueillir les élèves dans de meilleures conditions. Il plaide également pour que l’école soit dotée de manuels scolaires afin d’améliorer l’apprentissage.
Un autre obstacle complique encore la situation : Nyabakala n’est pas couvert par le réseau téléphonique, ce qui limite les communications et l’accès à l’information.
Malgré tout, enseignants et élèves poursuivent leurs efforts. Pour eux, l’école reste un symbole d’espoir dans un contexte marqué par l’incertitude. Mais tous partagent le même rêve : retrouver un jour les salles de classe de Nyabakala, dans un village redevenu paisible.
Verite Johnson

