Il est des personnes dont le passage sur terre dépasse le simple accomplissement d’une carrière pour devenir un héritage vivant. La Professeure Janine Kewang A Nwall fut de celles-là. Enseignante, chercheure, juriste, formatrice et mère spirituelle de plusieurs générations de juristes africains, elle laisse derrière elle une œuvre intellectuelle et humaine considérable.
Aujourd’hui, je rends hommage non seulement à une éminente universitaire, mais également à une femme exceptionnelle qui a consacré sa vie à la transmission du savoir et à la formation de l’élite juridique.
Une enfance marquée par l’excellence
Madame Janine Kewang A Nwall Lisette Souzane est née le 22 janvier 1952 à Bafia, au Cameroun, de Pierre Nwall A Menthong et de Marie Nkenihe A Abouen, aujourd’hui disparus.
Dernière née d’une famille de sept enfants, elle grandit dans un environnement où l’éducation occupait une place centrale. Son père, instituteur de profession, transmit à ses enfants le goût de l’effort, de la connaissance et de l’excellence. Cette éducation rigoureuse permit à l’ensemble de la fratrie de réaliser de brillantes études au Cameroun et en France.
Très tôt, Janine développa une personnalité affirmée, mêlant indépendance, sensibilité et détermination. Ces qualités marqueront profondément toute sa vie.
Un parcours académique remarquable
Après ses études primaires à Bafia, elle poursuit sa formation secondaire à Yaoundé où elle obtient brillamment son baccalauréat en 1971.
Initialement orientée vers une formation technique, elle choisit finalement d’intégrer la Faculté de droit de l’Université de Yaoundé. Son talent et sa discipline lui permettent d’obtenir en 1975 une Licence en Droit et Économie.
Animée par la passion de la recherche, elle poursuit ses études en France à l’Université Paris X-Nanterre où elle soutient en 1982 une thèse de doctorat en Droit des affaires et Droit économique.
Cette réussite académique la place parmi les pionnières africaines ayant atteint le plus haut niveau de formation juridique à une époque où peu de femmes accédaient encore aux études doctorales.
Une carrière professionnelle riche et diversifiée
Avant de se consacrer pleinement à l’enseignement supérieur, la Professeure Janine Kewang A Nwall exerça plusieurs fonctions de haute responsabilité au Cameroun.
Elle fut notamment cadre à la Société Tabacicole du Cameroun (SITABAC), chargée d’études puis chef du service des relations internationales à la Chambre de Commerce du Cameroun.
Son expertise fut également sollicitée par le cabinet international Coopers & Lybrand, devenu par la suite PricewaterhouseCoopers (PwC), où elle exerça en qualité de consultante.
Mais c’est dans l’enseignement et la recherche qu’elle trouva véritablement sa vocation.
Une grande figure de l’enseignement du droit
La Professeure Janine Kewang A Nwall enseigna successivement à l’ASTI de l’Université de Buéa et à l’ESSEC de l’Université de Douala avant de poursuivre sa carrière en République démocratique du Congo.
Elle rejoignit d’abord l’Université des Pays des Grands Lacs à Goma avant d’intégrer l’Université de Kisangani où elle consacra plusieurs années à la formation des étudiants du premier, deuxième et troisième cycles.
Des centaines de juristes ont été formés sous sa direction. Parmi eux figurent aujourd’hui des professeurs d’université, magistrats, avocats, chercheurs et hauts cadres de l’administration publique.
À titre personnel, j’ai eu l’honneur de bénéficier de son encadrement scientifique jusqu’à la soutenance de ma thèse de doctorat en 2014. Son exigence intellectuelle, sa rigueur méthodologique et son sens de l’accompagnement ont profondément marqué mon parcours académique.
Jusqu’à son décès, l’Université de Douala demeura son institution d’attache où elle exerçait en qualité de Professeure Titulaire.
Une contribution scientifique reconnue
Les travaux de la Professeure Janine Kewang A Nwall ont porté principalement sur le droit économique, le droit des affaires et la protection des droits humains.
Parmi ses principales contributions figurent :
– Son mémoire de licence intitulé « Le pénalement responsable » (1975) ;
– L’ouvrage consacré aux sûretés en droit camerounais publié en 1984 avec le Professeur Lucas de Leyssac ;
– L’étude relative à la protection de la femme et de la jeune fille au regard de la loi n°06/018 du 20 juillet 2006 ;
– L’ouvrage coécrit avec Justin Marie Nguba Essossa en 2016 intitulé « Évaluation des connaissances et des pratiques relatives aux droits du malade ».
À travers ses publications, elle a contribué à enrichir la réflexion juridique africaine tout en mettant le droit au service de la dignité humaine.
Une femme de cœur
Au-delà de la juriste et de l’universitaire, ceux qui l’ont connue retiennent avant tout une femme profondément humaine.
Sa générosité, son sens du partage, sa disponibilité et sa simplicité frappaient tous ceux qui croisaient son chemin. Malgré son prestige académique, elle restait proche des étudiants, attentive aux plus modestes et soucieuse du bien-être des autres.
Chrétienne convaincue, elle incarnait les valeurs de compassion, d’amour du prochain et de solidarité.
Un héritage qui traverse les frontières
La Professeure Janine Kewang A Nwall laisse derrière elle son fils unique, Yannick A Nwall, vivant aux États-Unis d’Amérique.
Mais son véritable héritage dépasse le cercle familial. Il se trouve dans les milliers d’étudiants qu’elle a formés, dans les chercheurs qu’elle a inspirés, dans les professionnels qu’elle a accompagnés et dans les institutions qu’elle a servies.
Lors de mon récent séjour à Yaoundé, il m’a paru essentiel de me rendre à Kiiki, près de Bafia, afin de rencontrer la famille A Nwall et de déposer, au nom des étudiants congolais qu’elle a formés, une gerbe de fleurs sur sa tombe.
Ce geste symbolique ne saurait refléter toute la reconnaissance que lui doit la nation congolaise, particulièrement la Faculté de Droit de l’Université de Kisangani. Il exprime néanmoins notre gratitude profonde envers une femme qui a consacré une partie importante de sa vie à l’éducation de la jeunesse congolaise.
Reposez en paix, Professeure
Au nom de la Faculté de Droit de l’Université de Kisangani, au nom de vos anciens étudiants, au nom de tous ceux qui ont bénéficié de votre savoir et de votre bienveillance, nous vous adressons un dernier merci.
Merci pour votre enseignement.
Merci pour votre rigueur.
Merci pour votre générosité.
Merci pour votre héritage.
Professeure Janine Kewang A Nwall, que Dieu vous accueille dans sa lumière éternelle.
Votre œuvre demeure.
Votre mémoire vivra.
Votre héritage continuera d’inspirer les générations futures.
Fait à Yaoundé, le 2 juin 2026.
Professeur Ordinaire Starmans Bofoe Lokangu

