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    À Mahagi, la frontière avec l’Ouganda n’est plus seulement une ligne qui sépare deux États. Depuis l’apparition de l’épidémie d’Ebola, elle est devenue un rempart sanitaire destiné à limiter la propagation de la maladie. Une décision lourde de conséquences qui bouleverse profondément la vie quotidienne des habitants, des commerçants, des transporteurs et de toutes les familles dont les revenus dépendent des échanges transfrontaliers.

    Habituellement, cette commune frontalière vit au rythme des mouvements incessants entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Chaque jour, des centaines de personnes franchissent la frontière pour commercer, travailler ou rejoindre leurs proches. Aujourd’hui, ce va-et-vient a pratiquement disparu.

    À Mahagi, un nouveau rythme s’est imposé : celui d’Ebola.

    Une frontière presque silencieuse

    À Anzida, principal point de passage entre la RDC et l’Ouganda, le changement saute immédiatement aux yeux. La circulation a fortement diminué. Certains bureaux n’ouvrent que rarement et les voyageurs ont disparu.

    Seuls les gros camions transportant des marchandises sont encore autorisés à traverser la frontière. Les passagers, eux, ne circulent plus.

    L’ambiance contraste avec celle qui régnait encore il y a quelques semaines dans cette zone habituellement très animée.

    Sur place, les mesures sanitaires sont appliquées avec rigueur. Le lavage des mains est obligatoire pour toute personne autorisée à franchir la frontière. Les véhicules en provenance de l’Ouganda sont aspergés de désinfectant avant d’entrer sur le territoire congolais.

    Rencontré à Anzida, un responsable du service de l’hygiène aux frontières explique que ces dispositifs visent avant tout à empêcher l’introduction de nouveaux cas d’Ebola. À buniaactualite.cd, il présente même les équipements utilisés quotidiennement par les agents mobilisés sur le terrain.

    Une économie mise à rude épreuve

    La fermeture de la frontière ne touche pas seulement les déplacements. Elle frappe directement l’économie locale.

    Mahagi dépend largement des produits provenant de l’Ouganda voisin. Sur les marchés, une grande partie des denrées consommées quotidiennement est habituellement importée du pays voisin. La réduction des échanges a rapidement provoqué une hausse des prix et des difficultés d’approvisionnement.

    Pour les transporteurs, la situation est tout aussi difficile.

    À Anzida, un taximan ne cache pas son inquiétude. « Ça nous fait mal, la fermeture de la frontière. On souffre. Nous travaillions des deux côtés. Aujourd’hui, nos courses se limitent uniquement au côté congolais. »

    Comme beaucoup d’autres conducteurs, il espère une implication des autorités afin qu’une solution puisse être trouvée. «Que le gouvernement essaie de s’impliquer pour la réouverture de la barrière. »

    Les ménages ressentent déjà les effets

    Dans les ménages, les conséquences deviennent également visibles.

    Nyamungu Neema, présidente des jeunes catholiques de Mahagi et enseignante, estime que la fermeture de la frontière affecte directement le pouvoir d’achat de la population.

    « La fermeture de la frontière affecte négativement la population. » Selon elle, plusieurs produits de première nécessité coûtent désormais plus cher.

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    « Le prix des affaires sur le marché, le carburant et le taxi est cher actuellement. »

    Tout en souhaitant une réouverture de la frontière, elle insiste sur la nécessité de préserver les mesures de prévention.

    « Mahagi dépend à plus de 80 % des produits venant de l’Ouganda »

    Le Conseil territorial de la jeunesse partage le même constat. Pour son secrétaire, Agenonga Upio Jean, la fermeture de la frontière révèle surtout la forte dépendance économique de Mahagi vis-à-vis de l’Ouganda.

    « Il y a de la peine. Mahagi dépend à plus de 80 % des produits commerciaux provenant de l’Ouganda. Cette fermeture a créé une pénurie au sein de la communauté. On le remarque à travers les prix qui ont galopé. »

    Pour lui, cette crise doit pousser les autorités à réfléchir au développement de la production locale afin de réduire cette dépendance.

    « C’est le phénomène Ebola. Aux autorités de faire en sorte que l’économie de Mahagi soit introvertie. Qu’elles songent à implanter des usines et à exploiter les ressources du Congo pour que nous consommions le Congo. »

    Il rappelle que de nombreux produits consommés quotidiennement proviennent encore de l’Ouganda.

    Imaginez : même la viande, les œufs, la bière et les oignons proviennent de l’Ouganda. Chaque fois que la frontière est fermée, nous subissons les conséquences, a-t-il affirmé.

    Entre protection sanitaire et survie économique

    À Mahagi, la fermeture de la frontière illustre le difficile équilibre entre la lutte contre Ebola et la survie économique d’une population fortement dépendante des échanges transfrontaliers.

    Pour les autorités sanitaires, la priorité reste de limiter la propagation de l’épidémie grâce à un contrôle renforcé aux points d’entrée.

     

    Pour les habitants, l’attente d’une réouverture demeure, avec l’espoir qu’elle puisse intervenir dans des conditions garantissant à la fois la sécurité sanitaire et la reprise des activités économiques.

    En attendant, Mahagi continue de vivre au ralenti, suspendue entre la nécessité de se protéger d’Ebola et le besoin vital de retrouver le souffle de son économie.

     

    Verite Johnson à Mahagi

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