Exclusif. L’entrepreneur et ancien candidat aux élections provinciales de 2023, Jacob Dzaringa, brise deux années de silence médiatique. Dans un entretien accordé à Buniaactualite.cd, il revient sur son parcours politique, les raisons de son retrait, son regard sur l’état de siège en Ituri et ses perspectives futures.
Dans une province où les jeunes sont souvent cités comme acteurs de l’insécurité, certains se distinguent néanmoins de manière positive. C’est le cas de Jacob Dzaringa, qui s’emploie à promouvoir « une image positive et constructive de l’Ituri ».
Ingénieur civil de formation, jeune entrepreneur et acteur de développement, Jacob Dzaringa est détenteur de deux diplômes universitaires : une licence en génie civil de construction obtenue à l’Université internationale de l’Afrique de l’Est (Ouganda) et un master en administration des affaires (MBA-Finances) décroché à l’International Science Business and Technology University (ISBAT), également en Ouganda. Promoteur et créateur d’emplois, il fédère plusieurs jeunes autour de sa vision.
Après deux ans de discrétion médiatique, Buniaactualite.cd, par l’entremise de Nickson Manzekele, a cherché à comprendre les raisons de ce silence.
2023 : une première expérience politique
Nickson Manzeleke ( NM ): Bonjour Jacob et merci de nous avoir accordé cette interview exclusive.
Jacob Dzaringa ( JD ): Bonjour Nickson, c’est un plaisir.
NM : Deux ans de silence médiatique. Pourquoi ce retrait ? Étiez-vous amer après votre échec électoral en 2023 ?
JD : En 2023, j’ai osé. Les résultats ont été ce qu’ils ont été. Le contexte était difficile, mais pour une première expérience, je considère que l’essentiel a été accompli. Ce silence m’a surtout permis de réfléchir, d’analyser ce qui a fonctionné ou non, et de penser aux perspectives d’avenir.
NM : Quelles leçons tirez-vous de cette première expérience politique et électorale ?
JD : La politique en RDC est complexe. Pour être élu, il faut souvent soit s’appuyer sur un leadership tribalo-ethnique, soit disposer de moyens financiers pour influencer l’électorat, soit être un populiste aguerri. Je n’étais dans aucun de ces schémas. J’ai proposé une approche classique, fondée sur des idées politiques et des convictions.
NM : Allez-vous vous conformer à ces pratiques lors des prochaines échéances électorales ?
JD : Non. Je ne peux pas m’aligner sur ces anti-valeurs. Il existe des personnes rationnelles, et beaucoup m’ont soutenu par conviction. Progressivement, la population comprend que voter sur des bases ethniques ou matérielles ne résout pas les problèmes sociaux. Il faut un leadership solide, capable de légiférer et d’assurer un contrôle efficace.
NM : Regrettez-vous de ne pas avoir été élu ?
JD : Absolument pas. D’ailleurs, ceux qui ont été élus ne siègent pratiquement pas, la province étant sous état de siège. Je fais confiance à Dieu pour ses choix.
Deux années de silence, mais productives ?
NM : Que faisiez-vous durant ces deux années ?
JD : Je suis avant tout entrepreneur. J’ai travaillé à mieux structurer mes entreprises, à créer de l’emploi, à lancer de nouvelles activités et à contribuer, à ma manière, au développement local.
NM : Et votre implication politique pendant cette période ?
JD : J’ai pris mes distances avec la politique élective. Je me concentre désormais sur l’entrepreneuriat et le leadership. Je reste disponible pour des conseils et des réflexions, mais sans affiliation politique.
NM : Vous n’êtes donc plus actif au sein du MLC ?
JD : Non.
L’état de siège en Ituri : des progrès visibles, mais des reculs préoccupants
NM : Quel est votre regard sur l’état de siège en Ituri ?
JD : À l’origine, l’objectif était de restaurer rapidement l’autorité de l’État. Toutefois, cet état de siège n’était pas censé se prolonger indéfiniment.
NM : Pourtant, certains avancent qu’il a permis des progrès en matière d’infrastructures et de sécurité…
JD : C’est vrai pour les aspects visibles, comme l’aéroport, l’UNIBU ou certaines routes. Mais le pouvoir politique est exercé par des autorités militaires, et les décisions stratégiques à caractère civil font défaut. Les programmes de développement concrets (écoles, hôpitaux, agriculture, tourisme) sont presque inexistants. Il n’y a pas de contrôle parlementaire effectif. Aujourd’hui, l’Ituri ne sait pas clairement où elle va.
Selon Jacob Dzaringa, plusieurs problèmes majeurs persistent :
- la réduction des libertés d’expression ;
- la prolifération des groupes armés ;
- l’absence de programmes de développement concrets ;
- le manque de contrôle parlementaire et de ministères provinciaux pleinement opérationnels.
NM : Quels sont vos projets pour l’avenir ?
JD : Je reste concentré sur l’entrepreneuriat et le leadership. Je continue à proposer des solutions et à formuler des critiques constructives. Je demeure ouvert à partager mes analyses et mon expérience, sans pour autant m’engager dans la politique élective.
NM : Merci, Jacob Dzaringa, pour votre disponibilité.
JD : Merci à vous, Nickson.
Rédaction : buniaactualite.cd

