Le transfert d’un cadavre depuis le territoire de Mambasa jusqu’au centre d’Irumu, en pleine période d’épidémie d’Ebola, soulève de nombreuses interrogations en Ituri. Alors que les autorités ont formellement interdit la circulation des dépouilles d’une entité à une autre afin de limiter les risques de propagation de la maladie, ce corps a pourtant traversé plusieurs postes de contrôle avant d’atteindre Irumu, où son passage a finalement débouché sur des violences impliquant des éléments de la milice FPIC.
Un passage qui interroge
Selon plusieurs informations recueillies, le cadavre est parvenu à franchir la barrière de la DGRPI au centre d’Irumu grâce à une éventuelle complicité de certains éléments de la milice FPIC qui y étaient présents comme agents à cette barrière. Cette situation suscite de nombreuses questions, notamment sur les circonstances dans lesquelles des membres de cette milice se sont retrouvés à ce poste de contrôle.
S’agit-il effectivement d’agents de la DGRPI ou intervenaient-ils à un autre titre ? Sur ces questions, les responsables contactés au sein de la régie restent très réservés.
« Je me réserve », a simplement déclaré une source crédible de la DGRPI, promettant de revenir ultérieurement sur le dossier malgré plusieurs sollicitations.
D’autres sources dans la région avancent une version différente. Elles indiquent que la moto transportant le corps aurait profité du passage d’un véhicule pour se faufiler derrière celui-ci et franchir la barrière.
Alertées, les autorités militaires locales ont procédé à l’interpellation de deux personnes présentées comme de présumés complices de ce passage.
Arrestations, colère de la FPIC et polémique autour d’une autorisation
L’arrestation de ces deux jeunes a rapidement fait monter la tension. Depuis leur interpellation, survenue dans l’après-midi du 3 juillet, des éléments de la milice FPIC, également connue sous le nom de « Chini ya Kilima », réclament leur libération, affirmant qu’ils sont membres de leur mouvement.
« L’un des deux arrêtés s’appelle Herode. C’est le frère de Herode de la FPIC », affirme une source sécuritaire basée au chef-lieu du territoire d’Irumu.
Après ces arrestations, la situation a brusquement dégénéré. Selon plusieurs sources, le général autoproclamé de la FPIC, Tondabo Herabo Kakani, alias Hérode, accompagné d’autres hommes armés, s’est rendu à la barrière d’Irumu pour contester l’interpellation des deux suspects. La scène a plongé les lieux dans la panique durant l’avant-midi du 3 juillet 2026.
Des agents ont été brutalisés, d’autres dépouillés de leurs biens, tandis que plusieurs ont pris la fuite. La barrière a été saccagée et l’équipe de la riposte contre Ebola, chargée du contrôle de température et du lavage des mains, a également quitté les lieux face à la menace.
Parallèlement, les circonstances ayant permis le déplacement du corps continuent d’alimenter les débats. Un document consulté auprès des autorités locales indique que le transfert avait été autorisé par l’administrateur du territoire de Mambasa à destination de Walu.
Selon ce document, signé le 2 juillet par le chef de bureau de Mambasa au nom de l’administrateur du territoire, il s’agissait du corps d’un jeune tué par des écogardes. L’autorisation prévoyait son transfert de Mambasa vers Walu en passant par Marabo, dans le territoire d’Irumu, une pratique pourtant interdite pendant cette période d’épidémie d’Ebola.
Le député provincial Isaac Lebisabo déplore ce qu’il considère comme un non-respect des mesures édictées par les autorités. L’élu d’Irumu appelle au respect strict des dispositions prises pour protéger la population contre la propagation de la maladie.
Contacté, l’administrateur du territoire de Mambasa reconnaît le dossier du cadavre. Actuellement en mission, il confirme qu’il s’agit bien du corps d’une personne tuée par balle.
« Je ne savais pas que ce corps devait aller à Irumu pour y être enterré », explique-t-il.
L’autorité territoriale ajoute que si le corps a effectivement été transféré, les circonstances de son décès devaient être vérifiées soit au départ, soit à l’arrivée, affirmant tout de même « qu’il est mort ba balle ».
Face à la menace Ebola, les autorités provinciales ont interdit le mouvement des cadavres sur l’étendue de la province.
Rédaction

