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    Alors que les autorités sanitaires multiplient les alertes sur l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Ituri, une partie de la population continue pourtant de douter de l’existence même de la maladie. Au marché central de Bunia, entre inquiétude, lassitude et méfiance envers les autorités, certains habitants rejettent totalement les messages de prévention.

    Dans les rues comme dans le marché, les discussions autour d’Ebola divisent. Pendant que les équipes sanitaires parlent d’une augmentation des cas et des décès, plusieurs habitants restent convaincus qu’il s’agit d’une invention destinée à attirer des financements.

    Assise derrière son étal d’arachides au grand marché de Bunia, une vendeuse ne cache pas son scepticisme.

    « D’abord l’insécurité nous dépasse. Au lieu de nous ramener la paix, on vient de nous parler d’Ebola », lâche-t-elle avec agacement.

    Autour d’elle, les clients circulent normalement. Peu portent des protections particulières. Les activités commerciales se poursuivent sans grand changement malgré les appels à la vigilance.

    Pour cette commerçante, l’absence de scènes visibles de malades dans le marché nourrit encore davantage le doute.

    « Pourquoi ici au marché on ne voit pas l’Ebola ? Ils nous trompent, il n’y a pas Ebola. Ça, c’est le jeu des autorités en quête de financement pour s’enrichir. Nous refusons cela, Ebola n’existe pas », insiste-t-elle.

    Des propos qui illustrent le climat de méfiance installé dans certains milieux populaires. En Ituri, plusieurs années de conflits armés, de crises humanitaires et de promesses non tenues ont profondément fragilisé la confiance entre certains habitants et les institutions publiques.

    Pourtant, du côté de la société civile, ces discours inquiètent sérieusement. Jean-Marie Ezadri, coordonnateur ai de la société civile en Ituri, appelle la population à éviter les rumeurs et à écouter les autorités sanitaires.

    « C’est une déception de ma part. Nous sommes dans une république organisée. Chaque secteur a ses responsabilités. Lorsque les autorités compétentes confirment cela, nous devons y croire », réagit-il.

    Pour lui, remettre systématiquement en cause les alertes sanitaires risque d’aggraver la situation et de compliquer davantage la riposte.

    « Nous appelons la population à faire confiance aux autorités. Qu’est-ce que l’autorité chercherait en déclarant une maladie qui n’existe pas ? », s’interroge-t-il.

    La République démocratique du Congo n’en est pas à sa première confrontation avec Ebola. Depuis la découverte du virus en 1976 près de la rivière Ebola dans l’ancienne province de l’Équateur, le pays a déjà connu plusieurs flambées meurtrières. Certaines épidémies ont laissé des souvenirs douloureux dans les provinces touchées, notamment dans l’Est du pays où des centaines de familles avaient perdu leurs proches.

    Aujourd’hui, l’Ituri fait face à la 17ᵉ épidémie enregistrée dans le pays. Une réalité que rappelle Jean-Marie Ezadri pour tenter de convaincre les sceptiques.

    « Aujourd’hui nous enregistrons une 17ᵉ épidémie. Ça veut dire que cela fait 17 fois que cette épidémie refait surface », souligne-t-il.

    Les autorités sanitaires craignent que les discours de négation freinent les efforts de prévention. Car dans la lutte contre Ebola, le respect des mesures barrières reste essentiel pour limiter la propagation de la maladie.

    « Nous appelons la population à observer les mesures barrières pour limiter la propagation. Si nous le faisons, l’épidémie ne durera pas. Et nous allons épargner nos vies ainsi que celles des autres », insiste le responsable de la société civile.

    Dans les marchés, les quartiers populaires et certains sites de déplacés, la sensibilisation reste donc un défi majeur. Entre fatigue sociale, pauvreté, insécurité persistante et méfiance, convaincre une population déjà éprouvée devient une bataille presque aussi difficile que la lutte sanitaire elle-même.

    Cependant, se prévenir reste une priorité pour tous. Convaincu ou pas de l’existence, chacun devait observer les mesures barrières. Se laver les mains peuvent aussi protéger contre d’autres maladies. Comme dirait un médecin « Mieux vaut prévenir que guérir ».

     

    Rédaction

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