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    L’Institut national de santé publique (INSP) reconnaît ne disposer, à ce stade, que d’informations permettant de retracer un peu plus de 200 millions de dollars de financements effectivement reçus par des partenaires engagés dans la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo. Ces précisions interviennent alors qu’Africa CDC réclame des explications sur plus de 700 millions de dollars dont la destination reste insuffisamment documentée.

    Le directeur général de l’INSP, le professeur Dieudonné Mwamba Kazadi, a présenté ces chiffres lundi 19 octobre 2026, à l’issue d’une réunion de coordination des épidémies en cours dans le pays.

    Selon lui, une trentaine de partenaires ont jusqu’à présent transmis des informations financières représentant entre 250 et 300 millions de dollars d’engagements. Toutefois, les ressources effectivement reçues par ces organisations s’élèveraient à un peu plus de 200 millions de dollars.

    Sur ce montant, un peu plus de 100 millions auraient déjà été dépensés, tandis qu’environ 100 millions resteraient disponibles pour financer les activités du plan de riposte de deuxième génération.

    Ces données demeurent partielles. Elles ne couvrent pas encore l’ensemble des financements internationaux annoncés pour combattre la 17ᵉ épidémie d’Ebola, qui affecte huit provinces congolaises, avec l’Ituri comme principal foyer.

    Les explications de l’INSP font suite à l’alerte lancée le 14 octobre à Kinshasa par le docteur Jean Kaseya, directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).

    Ce dernier avait révélé que les bailleurs internationaux déclaraient avoir décaissé environ 962 millions de dollars pour soutenir les interventions contre Ebola, alors qu’une première vérification n’avait permis de retracer qu’un peu plus de 200 millions.

    Africa CDC avait notamment relevé la faible participation des organisations bénéficiaires à une réunion consacrée à la vérification des financements.

    Dans un communiqué publié le 15 octobre, l’institution africaine avait apporté une précision importante : les 962 millions de dollars évoqués n’avaient pas été versés directement au gouvernement congolais, mais à différentes organisations internationales et ONG chargées de mettre en œuvre les activités sanitaires.

    Ce manque de traçabilité ne constitue donc pas, en lui-même, une preuve de détournement. Il soulève néanmoins des interrogations sur la capacité des mécanismes de coordination à suivre l’utilisation des financements annoncés.

    Face à ces préoccupations, le professeur Dieudonné Mwamba Kazadi affirme que l’INSP a instauré un dispositif permanent de suivi des ressources mobilisées, qu’elles proviennent de l’État ou des partenaires internationaux.

    « Tous les partenaires sont invités à renseigner leurs financements. Nous suivons ces déclarations et exigeons une totale transparence sur les fonds reçus et décaissés », a-t-il déclaré, selon Radio Okapi.

    L’institution exige notamment que chaque partenaire fournisse des informations précises sur les engagements financiers, les montants effectivement reçus, les dépenses réalisées et les différents piliers de la riposte soutenus.

    Un outil numérique de déclaration hebdomadaire aurait été mis à la disposition des organisations concernées. Des réunions de suivi sont également organisées avec leurs équipes financières, notamment celles d’Africa CDC et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

    Cette démarche rejoint les préoccupations déjà soulevées à plusieurs reprises par Buniaactualite.cd concernant la gestion des ressources consacrées à Ebola.

    Dès le 30 mai 2026, lors d’un briefing organisé à Bunia, le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, avait promis une gestion plus transparente des fonds mobilisés.

    « On n’ira plus dans une riposte dispersée. Il y a un Centre des opérations d’urgence de santé publique. Et cette coordination rendra compte de chaque dollar dépensé dans la riposte », avait-il assuré.

    Mais au fil des mois, plusieurs difficultés rencontrées par les équipes de première ligne ont relancé les interrogations sur la répartition des moyens disponibles.

    Le 6 juillet, Buniaactualite.cd rapportait notamment les revendications de prestataires engagés dans la riposte en Ituri. Dans un mémorandum adressé au gouverneur militaire, ces derniers dénonçaient des retards de paiement de leurs primes, des insuffisances logistiques et des conditions de travail jugées précaires.

    Le 15 juillet, une analyse publiée par ce média s’interrogeait déjà sur l’équilibre entre les ressources consacrées à la coordination, aux moyens logistiques et à la prise en charge des agents directement engagés sur le terrain.

    Ces préoccupations avaient conduit les autorités sanitaires à reconnaître, le 18 juillet, des retards de rémunération. Le responsable de la coordination de la riposte, le docteur Pierre Akilimali, avait alors annoncé une digitalisation progressive du système de paiement.

    La controverse financière a pris une nouvelle dimension le 15 octobre, après les déclarations de Jean Kaseya sur les centaines de millions de dollars insuffisamment documentés.

    Trois jours plus tard, Buniaactualite.cd rapportait également la démarche de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), dirigée par Me Georges Kapiamba, qui a saisi l’Inspection générale des finances (IGF) pour solliciter un audit des 50 millions de dollars mobilisés par le gouvernement congolais.

    Cette enveloppe publique est distincte des financements internationaux évoqués par Africa CDC. L’ACAJ souhaite que les autorités de contrôle déterminent comment les fonds nationaux ont été affectés et utilisés.

    A lire aussi : Fonds Ebola en RDC : le gouvernement veut savoir “qui a reçu quoi” et comment l’argent a été dépensé

    Les nouvelles précisions de l’INSP interviennent donc dans un climat où la transparence financière apparaît comme un enjeu majeur pour maintenir la confiance des populations et des équipes sanitaires.

    En Ituri, où les besoins demeurent considérables, les difficultés dénoncées par les intervenants concernent notamment le paiement du personnel, les équipements de protection, les opérations de surveillance épidémiologique, la prise en charge des patients et les interventions communautaires.

    La disponibilité annoncée d’environ 100 millions de dollars non encore dépensés soulève également la question de leur mobilisation effective au profit des activités prioritaires du nouveau plan de riposte.

    Si l’INSP affirme avoir renforcé ses mécanismes de contrôle, plusieurs questions restent ouvertes : quels partenaires n’ont pas encore transmis leurs données financières ? Quels montants ont-ils effectivement reçus ? Quelles activités ont été financées et quelles dépenses peuvent être vérifiées ?

    Pour l’heure, aucune ventilation publique exhaustive des quelque 962 millions de dollars annoncés par les bailleurs n’a été présentée dans les informations consultées.

    La clarification attendue devra donc permettre de rapprocher les montants déclarés par les donateurs, les ressources reçues par les organisations et les dépenses réellement effectuées sur le terrain.

    Alors que la riposte contre Ebola se poursuit dans plusieurs provinces, la question n’est plus seulement de savoir combien d’argent a été annoncé. Elle est aussi de déterminer quelle part de ces ressources a effectivement contribué aux interventions destinées à protéger les populations.

    Rédaction

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