La province de l’Ituri, dans l’est de la République Démocratique du Congo, reste sous haute vigilance face au risque de résurgence de la maladie à virus Ebola. À la frontière avec l’Ouganda, le point de passage d’Anzida concentre désormais l’attention des autorités sanitaires. Le service du Programme National d’Hygiène aux Frontières, PNHF, y a récemment renforcé son dispositif pour limiter toute propagation transfrontalière.
Situé dans le territoire de Mahagi, Anzida est un carrefour commercial et humain majeur. Chaque jour, des centaines de voyageurs, commerçants et familles traversent la frontière dans les deux sens. Cette mobilité intense représente à la fois une opportunité économique et un défi sanitaire, surtout dans un contexte où Ebola circule encore sporadiquement dans la région des Grands Lacs.
Face à cette réalité, le PNHF a déployé une équipe renforcée sur le site. L’objectif est clair : détecter rapidement tout cas suspect et empêcher l’entrée ou la sortie du virus. Les agents formés travaillent désormais en rotation 7 jours sur 7 pour assurer une couverture continue du flux de personnes.
Parmi les premières mesures mises en place figure l’installation de lavage des mains à l’entrée et à la sortie du poste frontalier. Chaque voyageur doit obligatoirement se laver les mains avec de l’eau chlorée avant d’accéder aux guichets de contrôle. Des affiches pédagogiques en lingala, swahili et français rappellent les gestes barrières et les symptômes à surveiller.
Le contrôle de température est également systématisé. À l’aide de thermomètres infrarouges sans contact, les agents du PNHF prennent la température de chaque personne. Toute personne présentant une fièvre supérieure à 38°C est immédiatement isolée dans une zone d’attente sécurisée pour une évaluation plus approfondie par l’équipe médicale.
Le docteur Théophile Ponde, coordonnateur du PNHF en Ituri, explique que ce renforcement s’inscrit dans une stratégie nationale de surveillance aux points d’entrée.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher la garde. La frontière est notre première ligne de défense. Chaque minute compte quand il s’agit d’Ebola », souligne-t-il lors d’une visite sur le terrain.
Les autorités provinciales de l’Ituri ont salué la réactivité du PNHF. Elles rappellent que la collaboration avec les homologues ougandais est essentielle pour harmoniser les protocoles des deux côtés de la frontière. Des réunions de coordination bilatérales sont prévues chaque mois pour partager les données épidémiologiques.
La communauté locale a aussi été mise à contribution. Des relais communautaires formés par le ministère de la Santé mènent des séances de sensibilisation dans les villages proches d’Anzida. Le message est simple : signaler rapidement tout cas de fièvre, saignement ou diarrhée inhabituelle, et éviter les contacts avec les corps en cas de décès suspect.
Ce dispositif intervient alors que la mémoire du 10e épidémie d’Ebola, qui a frappé le Nord-Kivu et l’Ituri entre 2018 et 2020, reste vive. Plus de 2 200 personnes avaient perdu la vie. L’expérience acquise à l’époque sert aujourd’hui à affiner les réponses rapides et à éviter les erreurs du passé.
Le PNHF appelle enfin la population à éviter la stigmatisation des voyageurs et des personnes mises en isolement. « La vigilance ne doit pas se transformer en peur. C’est ensemble, avec discipline et solidarité, que nous maintiendrons Anzida et l’Ituri hors de danger », conclut le responsable du programme.
Nickson Manzekele

