La lutte contre l’épidémie d’Ebola en Ituri se heurte désormais à un défi aussi préoccupant que le virus lui-même. Il s’agit de la méfiance d’une partie de la population envers les équipes sanitaires. Les incidents survenus au cimetière de Nyamurongo, à Bunia, illustrent les difficultés auxquelles font face les acteurs engagés dans la riposte.
Lundi 1er juin 2026, un mouvement de panique a éclaté lors de l’inhumation d’une personne présumée décédée d’Ebola. Selon plusieurs témoignages, des proches du défunt ont contesté l’interdiction d’ouvrir le cercueil, une mesure appliquée dans le cadre des enterrements dignes et sécurisés afin d’éviter toute contamination.
La situation s’est envenimée lorsqu’une rumeur affirmant que le cercueil était vide a commencé à circuler parmi les participants avant d’être relayée sur les réseaux sociaux. Cette information non vérifiée a provoqué une vive agitation, entraînant des violences et des dégâts matériels.
Face à ces allégations, le chef du quartier Ndibakodu, Godefroid Lemy, a formellement démenti les accusations selon lesquelles aucun corps ne se trouvait dans le cercueil.
Des secouristes pris pour cible
Au-delà de l’incident lui-même, plusieurs témoignages font état d’agressions contre des membres des équipes chargées de la riposte. Des agents de la Croix-Rouge intervenant dans le cadre des enterrements sécurisés auraient été attaqués alors qu’ils accomplissaient leur mission.
Ces violences ont suscité de nombreuses réactions dans la province. Parmi elles, celle de l’acteur politique Luc Malembe qui a dénoncé avec fermeté les attaques contre les intervenants sanitaires.
« Il est inacceptable que ceux qui prennent le risque de sauver des vies soient attaqués de manière atroce », a-t-il déclaré.
Selon lui, les secouristes interviennent dans des conditions déjà extrêmement risquées et ne devraient pas devenir la cible de la colère populaire alimentée par des rumeurs.
« Il nous faut protéger les équipes sanitaires qui prennent énormément de risques, au péril de leurs vies, pour intervenir durant cette période très difficile de l’épidémie d’Ebola qui frappe notre province », a-t-il ajouté.
Le cas d’un gardien isolé alimente les inquiétudes
Dans le même contexte, la société de gardiennage KBF affirme qu’un de ses agents, qui aurait été en contact avec le corps du défunt lors des incidents de Nyamurongo, est resté isolé pendant plusieurs heures en attendant une éventuelle prise en charge.
Selon les responsables de l’entreprise, les équipes sanitaires auraient estimé qu’une intervention immédiate n’était pas nécessaire en l’absence de symptômes, tandis que les services de sécurité craindraient un risque de contamination.
Cette situation a alimenté de nouvelles inquiétudes au sein de la population déjà marquée par la progression de l’épidémie.
Jusque-là, l’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie en République démocratique du Congo, mobilisant une riposte régionale, voire mondiale.
La désinformation, un obstacle à la riposte
Depuis le début de cette flambée épidémique, les autorités sanitaires alertent régulièrement sur les conséquences de la désinformation. Les rumeurs autour des enterrements sécurisés, des centres de traitement ou encore de l’existence même de la maladie compliquent le travail des équipes médicales.
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Pour les spécialistes de la santé publique, la confiance communautaire constitue un élément essentiel de la lutte contre Ebola. Sans adhésion des familles, sans signalement rapide des cas suspects et sans acceptation des mesures de prévention, la chaîne de transmission peut difficilement être interrompue.
Les incidents de Nyamurongo interviennent alors que les autorités poursuivent les efforts de sensibilisation dans les zones touchées par l’épidémie. Elles appellent la population à vérifier les informations avant de les partager et à collaborer avec les équipes de santé afin d’éviter que les rumeurs ne compromettent davantage les opérations de riposte.
Dans un contexte où plusieurs centaines de cas suspects continuent d’être investigués et où le suivi des contacts reste une priorité, les autorités estiment que la lutte contre Ebola se joue autant sur le terrain médical que sur celui de la confiance entre les communautés et les intervenants sanitaires.
Avant cet incident, des sites de prise en charge de cette maladie ont récemment été pris pour cibles d’abord à Rwampara près de Bunia avant la région de Mongbwalu dans le territoire de Djugu.
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