Depuis l’annonce officielle de la résurgence de la maladie à virus Ebola en Ituri, le 15 mai 2026, Bunia se retrouve au cœur des préoccupations sanitaires. Capitale provinciale, carrefour commercial et humanitaire, la ville concentre plusieurs facteurs favorisant la propagation d’une épidémie : forte densité démographique, mouvements permanents de populations, activités économiques intenses et infrastructures sanitaires sous pression.
Alors que les décès continuent d’être enregistrés et que les équipes de riposte multiplient les interventions, une question revient avec insistance dans l’opinion publique : faut-il fermer les écoles, les églises, les marchés ou encore certains espaces de rassemblement comme l’écran géant de la Sonas ?
Entre protection sanitaire et continuité de la vie sociale
Lors de son passage à Bunia, le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba, avait indiqué que la fermeture des écoles n’était pas envisagée à ce stade.
Pour les autorités sanitaires, l’expérience acquise lors de la pandémie de Covid-19 a démontré que les établissements scolaires peuvent également devenir des espaces de sensibilisation où les enfants apprennent les mesures de prévention avant de les transmettre à leurs familles.
Toutefois, la question reste sensible. Dans un contexte où plusieurs décès sont signalés au sein des communautés, certains habitants s’interrogent sur les risques liés aux regroupements scolaires.
Le véritable enjeu semble donc résider moins dans la fermeture des écoles que dans l’application rigoureuse des mesures préventives : dispositifs de lavage des mains, contrôle sanitaire et sensibilisation permanente.
Les lieux de culte face au défi des rassemblements
Les églises constituent également des espaces à surveiller.
L’histoire des précédentes épidémies d’Ebola en RDC a démontré que les rassemblements religieux et surtout certains rites funéraires peuvent accélérer la transmission du virus lorsque les mesures de prévention ne sont pas respectées.
Dans plusieurs communautés, les contacts physiques lors des salutations, des prières ou des cérémonies demeurent fréquents. Les équipes de riposte insistent ainsi sur la nécessité d’adapter certaines pratiques sans remettre en cause la liberté de culte.
Le défi consiste donc à maintenir les activités religieuses tout en réduisant les risques de contamination.
Marchés : un défi majeur pour la riposte
Le marché central de Bunia représente l’un des espaces les plus exposés.
Chaque jour, des milliers de personnes s’y croisent : commerçants, transporteurs, déplacés et consommateurs. Dans ces conditions, le respect des mesures barrières devient particulièrement difficile.
L’absence d’eau courante à certains endroits, la manipulation permanente d’argent liquide et la forte promiscuité renforcent les inquiétudes des spécialistes de santé publique.
Pour plusieurs observateurs, la solution ne réside pas nécessairement dans une fermeture totale, mais dans une meilleure organisation des espaces commerciaux, avec davantage de points de lavage des mains et un contrôle renforcé des mesures d’hygiène.
L’écran géant de la Sonas : un rassemblement difficile à sécuriser
Contrairement aux écoles ou aux marchés, certains espaces de loisirs apparaissent plus difficiles à adapter.
L’écran géant de la Sonas rassemble régulièrement des centaines de personnes lors des retransmissions sportives. Dans ce type de contexte, la proximité physique est quasi inévitable et les mesures de contrôle restent limitées.
Pour plusieurs acteurs de la société civile, ces rassemblements pourraient faire partie des activités à suspendre temporairement si la situation sanitaire venait à se dégrader davantage.
Au-delà des questions logistiques, les autorités sanitaires doivent également faire face à un autre défi : la désinformation.
Des rumeurs continuent de circuler dans plusieurs quartiers de Bunia et dans certaines zones rurales de l’Ituri. Elles alimentent parfois la méfiance envers les équipes médicales, les centres de traitement ou encore les procédures d’enterrement sécurisé.
Pourtant, les spécialistes rappellent que l’adhésion des communautés demeure l’un des facteurs déterminants dans la maîtrise d’une flambée épidémique.
Protéger la vie sans paralyser la ville
À ce stade, la tendance observée au sein des institutions sanitaires privilégie une approche ciblée plutôt qu’un confinement généralisé.
L’objectif consiste à identifier les lieux les plus à risque et à y renforcer les mesures de prévention, tout en préservant autant que possible la continuité des activités éducatives, religieuses et économiques.
Cette stratégie pourrait notamment passer par :
Le maintien des écoles avec un protocole sanitaire strict ;
L’adaptation des activités religieuses en limitant les contacts physiques ;
Le renforcement des dispositifs d’hygiène dans les marchés ;
La suspension temporaire des rassemblements festifs de grande ampleur difficilement contrôlables.
Bunia fait aujourd’hui face à un équilibre délicat entre impératif sanitaire et nécessité de préserver la vie économique et sociale.
Une fermeture généralisée risquerait d’aggraver les difficultés de milliers de ménages déjà fragilisés par les conflits et les déplacements de population. À l’inverse, l’absence de mesures adaptées pourrait favoriser la propagation du virus.
Entre ces deux extrêmes, les autorités sanitaires misent sur la responsabilité collective, la sensibilisation communautaire et l’application rigoureuse des mesures barrières.
La bataille contre Ebola ne se gagnera pas uniquement dans les centres de traitement. Elle dépendra également de la capacité de chaque habitant à modifier certains comportements pour protéger sa famille, son quartier et l’ensemble de la communauté.

