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    Plus de 11 mois après le massacre de Komanda, dans le territoire d’Irumu, certaines blessures demeurent ouvertes. Si quelques enfants enlevés cette nuit-là ont finalement retrouvé la liberté, plusieurs d’autres restent toujours portés disparus.

    Parmi les rescapés figure Olive (prénom d’emprunt), une fillette de 9 ans. Son témoignage, livré après sa fuite de la captivité, éclaire avec une rare précision la vie imposée aux enfants enlevés par les rebelles des ADF dans les profondeurs de la forêt.

    Une nuit de terreur à Komanda

    La nuit du 26 au 27 juillet 2025 reste gravée dans la mémoire des habitants de Komanda. Des assaillants armés avaient fait irruption dans plusieurs endroits du centre commercial, semant la mort et la panique.

    « Ils étaient venus la nuit et ont pris d’assaut la salle où l’on était. Ils ont commencé à tuer les gens », se souvient Olive.

    Dans la confusion, plusieurs personnes sont exécutées. Les survivants, eux, sont regroupés et attachés à l’aide d’une corde.

    « Ils nous ont attachés sur une corde et nous ont conduits dans la brousse. »

    Commence alors une longue marche à travers la forêt. Le groupe traverse notamment la zone de Zunguluka avant de rejoindre d’autres combattants.

    Le lendemain, alors que les captifs poursuivent leur déplacement, ils croisent des militaires des FARDC.

    « Il y a eu des affrontements. Après, ils nous ont dit que nous allions partir jusqu’à Mambasa. »

    Les combats se multiplient sur leur trajet, tout comme les pillages.

    Une vie d’errance au cœur de la forêt

    Dans les camps de fortune des ADF, les enfants vivent dans des conditions extrêmement précaires.

    « On dormait dehors. Quand il pleuvait, ils mettaient une bâche. Aujourd’hui on passait la nuit ici, demain ailleurs. On ne faisait que nous déplacer. »

    Les rebelles leur expliquent régulièrement les raisons de leur combat.

    « Ils nous disaient qu’ils se battent pour l’islam. Ils voulaient que l’islam règne. »

    À leur arrivée dans la brousse, les enfants perdent même leur identité.

    « Ils nous ont dit que les noms que nous avions étaient pour les (kafiri: ndlr non croyans) . Ils nous ont rebaptisés chacun avec un nom musulman. »

    Chaque jour est rythmé par les prières et l’enseignement religieux.

    « La même place où ils priaient nous servait aussi pour apprendre. Ils nous apprenaient le Coran chaque jour avant de quitter un endroit pour un autre. Après leur prière, c’était notre tour d’apprendre. »

    Voler pour manger

    Les premiers jours sont particulièrement éprouvants.

    « Le premier jour quand nous avons été kidnappés, nous avons passé trois jours sans manger. C’est seulement le biscuit qu’ils avaient pillé à Komanda qu’ils nous avaient servi. »

    Par la suite, la nourriture provient essentiellement des récoltes dérobées dans les champs des populations.

    « Ils nous escortaient pour aller voler dans les champs des gens. »

    Les enfants sont envoyés récolter des bananes plantains et d’autres produits agricoles sous la surveillance des combattants.

    Même dans l’alimentation, une hiérarchie stricte existe.

    « Leurs soldats préparaient à manger pour leurs chefs. Nous, nous devions cuire nos aliments au feu (Ndlr : de manière inappropriée). Nous n’avions pas droit aux repas préparés. Seuls les chefs et leurs militaires mangeaient les repas cuisinés. »

    La peur permanente

    Parmi les nombreux enfants détenus, certains tentent de s’évader.

    L’une de ces tentatives se termine tragiquement.

    « Un enfant a été égorgé devant nous, parce qu’il voulait s’enfuir. »

    Selon Olive, le garçon avait réussi à quitter le camp avant d’être retrouvé par des civils présentés comme collaborateurs des rebelles.

    « Ils l’ont ramené auprès des rebelles. »

    La sanction est immédiate et sert d’exemple.

    « Il a été égorgé devant nous avec un message : chacun qui voudra s’enfuir subira le même sort. »

    Une scène qui marquera durablement les enfants présents. « Ils ne nous laissaient même pas le temps de nous amuser entre nous », raconte la fillette.

    Des enfants formés à la guerre

    Dans les camps, certains mineurs sont progressivement initiés aux activités militaires.

    Olive affirme que des adolescentes étaient formées à l’utilisation des armes.

    « Ils tenaient leurs mains pour leur apprendre comment tirer une balle. »

    Les rebelles communiquaient principalement dans une langue ougandaise, explique-t-elle, et cherchaient à l’enseigner aux captifs.

    « Ils nous apprenaient leur langue. Ils nous ont appris certaines expressions en kiganda. »

    Les hélicoptères et les morts

    Au cours de sa captivité, Olive dit avoir assisté à plusieurs atterrissages d’hélicoptères dans la forêt.

    « Il y a eu l’atterrissage de l’hélicoptère trois fois. »

    Selon son récit, ces appareils venaient récupérer des combattants décédés.

    « Ça venait prendre des corps sans vie. Des corps sans tête, sans pied, sans mains. Les corps de leurs soldats. »

    La fuite de la dernière chance

    Malgré la peur, l’idée de s’évader ne quitte jamais certains enfants.

    L’occasion se présente lorsqu’une jeune fille, elle aussi kidnappée à Boga, décide de prendre la fuite.

    « Elle avait commencé par s’enfuir. Après, nous avons fui à notre tour. »

    Olive entraîne alors ses deux frères dans cette tentative désespérée.

    « J’avais pris mon petit frère sur le dos. J’ai tenu l’autre par la main et nous avons fui. »

    A lire aussi : Mambasa : quatre enfants ex-otages des ADF retrouvés à Nia-Nia

    Très vite, les rebelles découvrent leur disparition. « Ils ont commencé à tirer des coups de feu dans notre direction. »

    Les trois enfants se couchent au sol et restent cachés dans l’obscurité.

    « Nous sommes restés là. Ils sont venus, ils sont passés. »

    Au lever du jour, ils reprennent leur marche. Après plusieurs heures d’errance, ils atteignent finalement Mambasa.

    « Nous avons trouvé des gens qui nous ont orientés vers les autorités. »

    Sept enfants retrouvés, trente-six toujours captifs

    Le témoignage d’Olive intervient alors que l’inquiétude demeure vive à Komanda.

    Lors du massacre du 26 au 27 juillet 2025, 43 enfants avaient été enlevés par les ADF, selon l’Église catholique.

    À ce jour, seuls sept d’entre eux ont retrouvé la liberté. Les trois derniers, âgés de 5, 7 et 9 ans, se sont échappés avant d’être retrouvés à Mambasa le 6 avril 2026 puis présentés officiellement au gouverneur de province le 15 avril. Il s’agit d’Olive et ses deux frères.

    Mais pour les familles, l’attente continue. Trente-six enfants demeurent encore entre les mains des rebelles.

    À l’occasion de la fête de Tabaski cette année, les ADF ont diffusé plusieurs images montrant des enfants toujours retenus dans leurs camps. Des images qui ont ravivé la douleur des familles et rappelé que, près d’un an après le drame de Komanda, de nombreux mineurs restent prisonniers d’un conflit qui continue de meurtrir l’Ituri.

    Un témoignage exclusif livré à buniaactualite.cd

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