De « La Lumière » à « Bozwi », en passant par « Madjivuno » et « Alléluia », l’artiste de Bunia a, au fil de ses chansons, raconté une histoire qui ressemble aujourd’hui à une prémonition de son sacre à Vodacom Best of the Best class 2026. Le journaliste Verite Johnson, qui suit son parcours depuis plusieurs années, remonte le fil de cette histoire.
Et si Eldan Dorado avait, sans le savoir, déjà écrit une partie de l’histoire avant même de monter sur la plus grande marche ?
À regarder son parcours avec le recul d’aujourd’hui, une étrange cohérence apparaît. Les mots reviennent. La lumière. L’attente. Les moments difficiles. La réussite. Dieu. Puis, finalement, le couronnement.
Tout semble s’être enchaîné comme les chapitres d’une même histoire.
L’histoire ne commence pourtant pas avec le trophée de Vodacom Best of the Best. Elle remonte quelques mois plus tôt, entre avril et mai 2026.
A lire aussi : Vodacom BOB 2026 : qui est vraiment Eldan Dorado, le candidat qui porte les couleurs de l’Ituri ?
Tout commence avec « La Lumière »
À cette période, Eldan Dorado commence à se présenter sous une nouvelle appellation : « La Lumière ».
Sur les différents plateaux d’émissions où il est invité, il ne manque pas de rappeler ce nouveau nom. Ce n’est pas encore un trophée. Ce n’est pas encore la reconnaissance nationale. Mais quelque chose est déjà en train de se construire dans son discours.
Le 15 mai, avec la sortie du clip de « Madjivuno », l’artiste officialise davantage cette nouvelle identité.
Comme souvent dans son répertoire, Eldan reste fidèle à ses chansons à portée éducative et aux messages inspirés de son propre parcours et de sa société.
Dans le morceau, il évoque notamment ce moment où le temps finit par tourner en faveur de celui qui a longtemps été négligé.
« Bientôt le temps de Dieu sonnera pour nous. Vous serez surpris et vous allez nous respecter », chante-t-il.
Le clip raconte cette idée en images : un jeune autrefois saboté, négligé et abandonné dans la rue finit par trouver la lumière. Celui que personne ne regardait hier devient celui vers qui les autres peuvent désormais se tourner.
À ce moment-là, personne ne sait encore ce que les mois suivants vont réserver à Eldan.
Mais le message est déjà là : la lumière arrive après l’ombre.
Puis vient « Alléluia »
Début septembre, alors que la compétition Vodacom Best of the Best class 2026 bat son plein, Eldan Dorado revient avec « Alléluia ».
Une nouvelle fois, il regarde derrière lui pour raconter les moments difficiles, les galères et ceux qui, selon son récit, se réjouissaient de ses difficultés.
Mais cette fois, son discours prend une autre dimension.
Il chante qu’il attend que son heure sonne pour sa réussite.
Et surtout, il semble déjà célébrer une victoire qui n’est pas encore officiellement la sienne.
Dans la chanson, il évoque ceux qui pensaient qu’il allait mourir sans réussir, ceux qui l’avaient déjà considéré comme un mal nécessaire au sein de la famille. Il oppose ces jugements à sa foi et à sa conviction que Dieu finira par changer son histoire.
« Aujourd’hui, j’ai réussi. Les jaloux sont en terre (…) Jésus m’a aimé, Jésus m’a aimé », répète-t-il.
À écouter aujourd’hui « Alléluia » après son sacre, le morceau prend forcément une autre résonance.
Une célébration avant le couronnement ?
Peut-être.
Mais surtout, une chanson dans laquelle Eldan raconte déjà la réussite comme une étape qu’il attend, qu’il espère et qu’il croit possible.
A lire aussi : Eldan Dorado, gagnant de Vodacom Best of the Best 2026 : une lumière dans le noir
Douze jours plus tard, « Bozwi »
Le 19 septembre, douze jours seulement après la sortie d’« Alléluia », alors que la compétition continue, Eldan Dorado met en ligne une nouvelle chanson : « Bozwi », qui signifie réussite.
Cette fois, la chanson est produite par Vodacom.
Le timing est particulier.
Eldan est encore candidat. La compétition n’est pas terminée. Le verdict n’est pas encore tombé.
Pourtant, dans « Bozwi », il se projette déjà dans l’après.
Il revient sur le long chemin parcouru, les périodes sombres, les difficultés et la recherche d’une solution.
« J’étais au début, le chemin était long, rempli des moments sombres. Où avoir la solution ? »
Justement, ses débuts étaient difficiles dans la carrière. Même pour rejoindre Kinshasa, il devait faire face aux restrictions dues à Ebola.
Puis vient la réponse à cette longue traversée :
« Je ne me suis pas laissé faire. Aujourd’hui Dieu m’a essuyé les larmes. »
Il parle aussi de cette nouvelle considération qui accompagne la réussite et de la jalousie qui peut l’entourer.
« La réussite rend jaloux », résume-t-il.
Et encore cette phrase :
« Ne me demandez rien, c’est mon secret avec Dieu. »
À cet instant, Eldan n’a pourtant encore reçu aucun trophée.
Mais son regard, lui, semble déjà tourné vers l’après.
De « La Lumière » à la lumière
C’est peut-être là que le parcours d’Eldan Dorado devient particulièrement intéressant.
En quelques mois, les mots qui accompagnent son aventure semblent se répondre : la lumière, le temps de Dieu, les moments sombres, la réussite.
Aujourd’hui, après son sacre à Vodacom Best of the Best class 2026, ces chansons prennent une résonance particulière.
Ce qui ressemblait hier à un discours d’espoir peut désormais être relu comme le récit d’un artiste qui n’a cessé de croire à son propre chemin.
Eldan Dorado, de son vrai nom Daniel Balinda, vient de Bunia, chef-lieu de l’Ituri.
Une province souvent associée, dans l’actualité nationale et internationale, aux conflits armés, aux violences et, plus récemment, à l’épidémie d’Ebola.
Mais Eldan veut porter une autre image de cette terre.
C’est aussi dans cette logique qu’il revendique cette identité de « Lumière ».
Être la lumière d’un endroit souvent raconté à travers ses blessures. Montrer que derrière les conflits, derrière les crises et derrière les mauvaises nouvelles, il existe aussi des talents, des rêves, des jeunes qui créent, qui travaillent et qui veulent raconter leur province autrement.
Pendant que la compétition se poursuivait, Eldan semblait déjà regarder au-delà du concours. Il racontait une trajectoire.
Une trajectoire faite de difficultés, de foi, de persévérance et d’espoir. Puis le verdict est tombé.
L’artiste de Bunia est devenu le gagnant de Vodacom Best of the Best class 2026 fin septembre 2026, une compétition parrainée par Fally Ipupa et Charlotte Dipanda.
Celui qui chantait la lumière avant d’avoir le trophée est désormais celui dont le nom résonne partout en République démocratique du Congo.
La victoire change évidemment la lecture de ses chansons. « Madjivuno », « Alléluia », « Bozwi » : trois titres, trois moments, mais un même fil conducteur.
Sortir de l’ombre. Attendre son heure. Croire en sa réussite. Puis arriver à la lumière. Eldan Dorado est désormais cette lumière que lui-même annonçait.
Pour l’Ituri, son sacre dépasse aussi le simple cadre d’un concours musical. Il devient le visage d’une jeunesse qui cherche à être vue autrement, une voix qui porte une autre histoire de sa province et un symbole d’espoir pour ceux qui continuent d’avancer malgré les difficultés.
Récit de Verite Johnson

