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    Invité de l’émission Dialogue intercongolais sur Radio Okapi le 19 mars 2026, le député national Jefferson Abdallah Penembaka, élu du territoire de Mambasa, a placé la question de la paix au cœur de son intervention. Une interpellation qui a provoqué une contre-attaque de l’armée. 

    Selon le député Penembaka, premier gouverneur de l’Ituri, la priorité absolue pour les populations de Mambasa et de toute la province reste la fin de l’insécurité. Il a notamment affirmé que des éléments des ADF exploiteraient de l’or à Muchacha. Une situation qui, à ses yeux, pourrait renforcer la capacité de l’ennemi, en leur permettant d’acquérir de nouveaux armements.

    Le député a également exprimé des inquiétudes sur la conduite des opérations conjointes FARDC-UPDF. Il regrette la faible présence, selon lui, des militaires congolais aux côtés de l’armée ougandaise engagée sur le terrain. Il estime que les forces congolaises devraient être en effectif plus important, l’armée ougandaise intervenant en appui.

    Dans son intervention, il a évoqué « un problème réel » lié à l’effectif et à la logistique, interrogeant la lenteur du renforcement des moyens militaires. Il appelle ainsi le gouvernement à se ressaisir et à engager des actions jugées appropriées pour répondre à la situation sécuritaire.

    « Qu’est-ce qu’on attend pour renforcer l’effectif ? Qu’est-ce qu’on attend pour renforcer la logistique ? Qu’est-ce qu’on attend ? Jusqu’à ce que le dernier congolais meurt ? Il est temps que le gouvernement se ressaisisse pour que des actions appropriées soient menées sur le terrain», a-t-il lancé.

    Une réaction ferme de l’administration militaire

    Ces propos ont suscité une réaction immédiate du lieutenant Jules Ngongo, s’exprimant au nom de l’administration militaire dans le cadre de l’état de siège.

    Ce dernier qualifie les déclarations du député d’« outrageantes ». Il rappelle qu’il y a à peine un mois, des éléments des FARDC ont été engagés dans des opérations contre les ADF, au cours desquelles plusieurs militaires ont perdu la vie. Ces derniers ont été honorés puis inhumés à Mambasa.

    Pour le porte-parole, les propos du député portent atteinte à l’image de l’armée congolaise et risquent de démoraliser les hommes engagés sur le terrain. Il s’interroge également sur ce qu’il perçoit comme une valorisation d’une armée étrangère, alors que des soldats congolais tombent au front pour protéger la population locale.

    Allant plus loin, il évoque des faits qu’il qualifie de « haute trahison » et annonce son intention de saisir le président de l’Assemblée nationale. Il affirme que des démarches pourraient être engagées en vue de poursuites contre le député.

    Un contexte marqué par des violences récentes

    Cette controverse intervient dans un climat sécuritaire particulièrement tendu dans le territoire de Mambasa.

    Dans la nuit du 16 au 17 mars 2026, une attaque attribuée aux ADF a frappé la localité de Babesua. Selon les autorités coutumières, plusieurs civils ont été tués. Des habitations ont été incendiées, poussant de nombreux habitants à fuir, notamment le long de la route nationale numéro 4.

    C’est dans ce contexte que le député Penembaka a été invité sur les ondes de Radio Okapi.

    Par ailleurs, un bilan couvrant la période du 9 au 15 mars 2026, présenté par le Consortium pour la sauvegarde de l’environnement (COSAE), fait état de 50 morts en une semaine dans le territoire de Mambasa, dont 35 à Muchacha et 15 à Babesua. L’organisation alerte également sur les conséquences de cette insécurité sur la Réserve de faune à okapis, évoquant une menace sur cet écosystème.

    Dans un territoire déjà fragilisé, ces échanges publics entre un élu et l’armée régulière, traduisent les tensions persistantes autour de la gestion de la crise sécuritaire et les attentes fortes des populations en matière de protection et de retour à la paix.

    Rédaction

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