Si le massacre des déplacés constitue un crime contre l’humanité, en Ituri cela ne semble pas faire peur aux miliciens locaux, même pas après le récent passage du procureur de la Cour Pénale internationale (CPI). Mais qui fait quoi ?
Djugu comme l’ensemble de la province de l’Ituri est géré par l’administration militaire. Cependant, des déplacés de Lala comme ceux de Pleine Savo, Rhoo… n’ont jamais été complètement « mis à l’abri ». Le cas le plus illustratif est celui de massacre de plus de 40 civils aux premières heures de ce lundi 12 juin 2023 à Bahema Badjere (Djugu). Ce site attaqué, il faut le rappeler, est situé à quelques kilomètres de celui de Plaine Savo à Bule où, l’année dernière, plus de 60 autres déplacés étaient tués.
L’acteur politique Luc Malembe qui s’interroge sur le rôle que joue chacun dans ce territoire, interpelle les FARDC et la MONUSCO.
“ Ce qui choque au plus haut point, c’est de constater que tout ce temps, sachant que les sites de déplacés dans cette zone constituent une vraie cible des miliciens CODECO (…) ni l’armée, ni la MONUSCO n’ont pris des dispositions pour y assurer la sécurité”, déplore ce cadre de l’ECiDé.
Ce crime de guerre et contre l’humanité qui s’étend sur la province voisine du Nord-Kivu révolte aussi le député national Jackson Ausse Afingoto.
Cet élu de la circonscription électorale d’Irumu recommande au gouvernement congolais « d’arrêter de dialoguer » avec les groupes armés et « de passer aux opérations militaires ».
Selon ce jeune parlementaire, le gouvernement congolais doit s’assumer dans son rôle de sécuriser la population et ses biens. Pour lui, «la sécurité ne se négocie pas».
« Notre cri de détresse s’adresse à la communauté internationale, qui est aussi témoin de ce carnage organisé pour affaiblir et anéantir l’avenir des fils et filles de la province de l’Ituri, victime de ses richesses naturelles », s’indigne un autre député national, Gratien Iracan, élu de Bunia.
Revenant sur le bilan de ce énième massacre, G5-A, une structure regroupant les communautés victimes dénombre à 46 les déplacés tués, 10 portés disparus et 11 blessés.
Il s’oppose à toute aide venant des autorités. « L’état de siège n’est pas venu pour remettre de l’argent et les cercueils », motive Victor Tungolo, vice-président de G5-A.
Cette attaque est la quatrième attribuée aux miliciens de la CODECO depuis la signature d’un protocole d’accord à Aru. L’URPDC/ CODECO en était l’un des signataires.
“ L’Etat doit adopter des mesures appropriées contre tous les réfractaires du processus de paix », recommande Jean Bosco Asamba, un élu de la ville de Bunia.
Comme l’armée, la communauté Ente, voit « un sabotage » et veut que la justice soit faite.
La MONUSCO aussi condamne cette attaque. A travers un message de Bintou Keita, cette mission onusienne réaffirme son engagement aux côtés de l’armée pour renforcer les patrouilles conjointes enfin de protéger les populations civiles et les sites de déplacés dans la province de l’Ituri.
Seulement, il faut noter que les rebelles ont intensifié leur cruauté en Ituri et Nord-Kivu, deux provinces sous état de siège depuis plus de deux ans. Plusieurs cas de morts ont été rapportés la semaine dernière. De Djugu passant par Mahagi, Mambasa jusqu’à Beni.
Le silence de Kinshasa interroge plus d’une personne.
Rédaction

