Archives

    L’infidélité, les mariages précoces ou forcés et les engagements fondés sur des promesses trompeuses figurent parmi les facteurs évoqués dans les conflits conjugaux à Butembo, au Nord-Kivu.

    Alors que des responsables judiciaires et des organisations de défense des droits humains alertent sur les demandes de divorce, la question de la préparation au mariage et du consentement des futurs époux revient au centre des préoccupations.

    Lors d’un séminaire organisé dimanche 18 octobre 2026 par la 55ᵉ CEBCE Polyglossa, le magistrat Byacombe Juldoris a indiqué qu’au moins cinq demandes de divorce seraient enregistrées chaque semaine à Butembo. Il a notamment cité l’infidélité et les conséquences des mariages précoces parmi les difficultés rencontrées au sein des couples.

    A lire aussi : Butembo : la SAFDF réclame justice pour une femme victime présumée de violences policières

    Cette déclaration rejoint des préoccupations déjà exprimées par le Réseau pour les droits de l’homme (REDHO). Dans un rapport de monitoring rendu public fin mars 2026, l’organisation faisait état de 756 dossiers de divorce enregistrés entre 2021 et mars 2026 dans les juridictions de Beni, Butembo et Lubero.

    Selon les données du REDHO, relayées notamment par la presse locale, Beni comptabilisait 522 dossiers, contre 196 à Butembo et 38 à Lubero.

    L’organisation avait identifié plusieurs facteurs récurrents dans les témoignages recueillis auprès des personnes concernées, notamment l’adultère, les mariages imposés et les fausses déclarations faites durant les fiançailles.

    Son coordonnateur, Me Muhindo Wasivinywa, avait expliqué que certains conjoints évoquaient des relations extraconjugales, tandis que d’autres déclaraient avoir été trompés avant le mariage ou contraints de s’engager dans une union.

    Ces difficultés avaient également été abordées, fin août 2026, par Lydie Kawalina, spécialiste des questions de genre, lors d’une conférence à Butembo. Interrogée par Radio Elimu de l’Université officielle de Ruwenzori, elle avait attiré l’attention sur les conséquences des promesses financières irréalistes et des comportements dissimulés pendant les fiançailles.

    Selon cette intervenante, le décalage entre les attentes construites avant le mariage et les réalités de la vie commune peut alimenter les frustrations, les reproches et les tensions au sein des jeunes couples.

    La question des unions précoces soulève également un enjeu juridique. En République démocratique du Congo, l’article 352 du Code de la famille, modifié par la loi du 15 juillet 2016, interdit le mariage aux personnes âgées de moins de 18 ans.

    Malgré cette interdiction, le phénomène persiste. D’après les données nationales publiées par l’UNICEF, 29 % des femmes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées ou mises en union avant leur dix-huitième anniversaire. Ces données nationales ne permettent toutefois pas d’établir la proportion actuelle des mariages d’enfants dans la seule ville de Butembo.

    Sur le plan judiciaire, les articles 549 et 550 du Code de la famille prévoient qu’un époux peut demander le divorce lorsque l’union conjugale est irrémédiablement détruite. Il appartient au tribunal d’apprécier les faits et de déterminer si la poursuite de la vie commune est devenue impossible.

    Le recours à la justice constitue ainsi une possibilité légalement reconnue aux conjoints. La préservation du mariage ne saurait justifier le maintien forcé d’une personne dans une situation de violence ou de danger.

    À Butembo, les appels à renforcer le dialogue, le respect mutuel et la préparation à la vie conjugale se multiplient dans les milieux religieux et associatifs. Les intervenants du séminaire organisé le 18 octobre ont notamment insisté sur la fidélité, la responsabilité et la compréhension réciproque.

    Les statistiques disponibles ne permettent cependant pas encore de mesurer précisément l’évolution annuelle des divorces dans la ville ni de déterminer la part de chaque facteur dans les ruptures matrimoniales.

    Au-delà des préoccupations exprimées, la situation pose donc la question de l’accompagnement des futurs époux, de la prévention des mariages forcés et de la protection des droits des personnes confrontées à des conflits conjugaux.

    Rédaction

    Leave A Reply

    error: Content is protected !!