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    Facile à acheter sans ordonnance, le tramadol, ce médicament prescrit pour atténuer les douleurs intenses, est abusivement consommé par des jeunes élèves et étudiants en ville de Bunia, en Ituri. Un phénomène qui prend de l’ampleur, exposants ces derniers à des risques sanitaires graves dans le futur.

    « Le Tramadol n’est pas un stimulant, c’est un antidouleur.» Le message des professionnels de santé est clair, mais peine à être assimilé par certains jeunes en ville de Bunia.

    Des enquêtes révèlent que ce médicament, puissant antalgique, est de plus en plus consommé hors prescription, notamment par des élèves et des étudiants qui l’utilisent pour affronter le stress des examens, par exemple.

    Une enquête menée par notre rédaction, aux abords des établissements scolaires, zone de santé et dans plusieurs quartiers de Bunia est sans appel : le Tramadol circule plus facilement en dehors des pharmacies. Vendus entre 500 et 2000 francs congolais le comprimé, ces médicaments sont proposés par des vendeurs à la sauvette qui ciblent explicitement les 15-25 ans.

    Sous couvert d’anonymat, certains lycéens et étudiants expliquent pourquoi ils en prennent : « pour tenir le coup pendant les révisions, gérer le stress ou oublier les soucis ». D’autre croient même, à tort, que le tramadol peut « améliorer les performances sexuelles ».

    Dans certaines officines, des comprimés sont discrètement cédés à des mineurs, sans aucune prescription.

    Face à ce détournement, Docteur Charlie, avertit : « Son rôle est de calmer des douleurs intenses, sous stricte surveillance médicale. Ce n’est absolument pas un stimulant pour passer faire la fête », insiste-t-il.

    Le docteur, rattaché au secteur de la santé à la MONUSCO, détaille les risques liés à ces comprimés : dépendance rapide, somnolence extrême, difficultés respiratoires, risque de coma et, à long terme, une altération des fonctions cognitives. « C’est directement incompatible avec la réussite scolaire », prévient-il.

    Pour le psychologue clinicien Katho Tibenderana, ce détournement s’explique aussi par un mal-être. « Un jeune qui doute de ses capacités peut attribuer au produit un pouvoir magique. Cela crée une confiance artificielle et un cercle vicieux de dépendance psychologique. »

    Les faits sont désormais établis : une grande partie des usagers détournant ce médicament sont des jeunes scolarisés.

    Le Dr Charlie en appelle à une action concertée et urgente : « Le fait que des étudiants y aient aussi facilement accès est un échec de notre contrôle. Il ne doit jamais être délivré sans ordonnance valide, surtout à des mineurs. »

    Il annonce vouloir solliciter les ordres professionnels, les autorités éducatives et la police pour renforcer l’application de la loi, couper les circuits illicites et protéger massivement la jeunesse de Bunia.

    Grâce Kasemire

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